Les images qui nous restent de ces événements continuent de nous faire dresser les poils sur les bras, tellement tout cela était imprévisible, voir inimaginable. Dans les heures qui ont suivi, ces attentats terroristes étaient revendiqués par Al-Qaïda et Oussama ben Laden, deux noms jusque-là inconnus du commun des mortels.
Al-Qaïda a-t-il gagné?
Si le nombre des victimes de ces attentats est relativement facile à établir, les dommages réels sont beaucoup plus étendus aux États-Unis et ailleurs sur la planète.
En 2001, les États-Unis étaient une superpuissance incontestable. Le sentiment de sécurité, qui animait les Américains, n’avait jusque-là jamais été ébranlé. En tant que pays, les États-Unis étaient vus comme la terre de la liberté par excellence à laquelle aspiraient les citoyens de l’ensemble de la planète. Ce portrait a été grandement transformé depuis.
Oussama ben Laden avait comme objectif de frapper l’Amérique dans ce qu’elle avait de plus cher : sa force économique et sa puissance militaire. En s’attaquant aux tours du World Trade Center, en plein coeur de New York, il visait le pouvoir économique. En frappant le Pentagone et la Maison Blanche, il visait le pouvoir politique. En s’attaquant à de tels symboles, le leader d’Al-Qaïda voulait déstabiliser le monde.
Dans la vie d’un peuple, dix ans, c’est relativement court pour juger des impacts d’un geste. Mais, à court terme, soit après dix ans, tout porte à croire que ben Laden a atteint son objectif. Aujourd’hui, Oussama ben Laden est mort, Al-Qaïda est fortement affaibli, mais il serait téméraire de croire que ce mouvement terroriste a été vaincu.
Dommages collatéraux
Dix ans plus tard, à New York, il reste toujours un trou béant à Ground Zero. Il n’y a pas encore d’entente à savoir ce que l’on reconstruira sur ce site et quel espace sera utilisé pour préserver le souvenir des victimes. À Washington, l’édifice du Pentagone a été réparé.
Mais au-delà de ces dommages physiques, les impacts sont beaucoup plus nombreux. Suite à ces attentats, George W. Bush a entraîné son pays dans deux conflits armés en Afghanistan et en Irak. À date, ces deux conflits ont déjà fait plus de 7 500 soldats morts, soit plus du double du nombre des victimes du 11 septembre. De plus, ces conflits, fort coûteux, ont contribué à déstabiliser les finances de l’État américain et à accroître de façon menaçante sa dette.
De façon encore plus insidieuse, une véritable paranoïa s’est installée dans l’esprit des Américains qui n’ont cessé de multiplier les mesures de sécurité qui paralysent les voyageurs qui veulent se rendre aux États-Unis. C’est comme si un gros choc post-traumatique avait frappé l’ensemble d’un peuple.
Sur la scène internationale, l’image américaine est profondément ternie par la torture utilisée par les forces armées américaines, par le non-respect des Accords de Genève dans le traitement des prisonniers politiques et par la détention non-justifié de milliers de prisonniers à la base de Guantamo.
Le pays qui se veut le promoteur de la démocratie dans le monde a vu sa réputation profondément dégradée. Aujourd’hui, l’hégémonie américaine s’effrite lentement, mais sûrement.
Il faut cependant reconnaître que, depuis le 11 septembre 2001, aucun autre attentat terroriste ne s’est produit sur le territoire américain. Plusieurs complots ont également été déjoués. Le peuple américain finira bien par se remettre de ce choc, mais la blessure sera longue à guérir. Je crois même qu’il restera éternellement une profonde cicatrice.
Lorsque les soldats de divers pays auront quitté les territoires afghan et irakien, c’est seulement à ce moment que l’on pourra juger de la pertinence de ces interventions et de leurs impacts sur la vie quotidienne de la population de ces pays.
Là et seulement là, nous serons en mesure de savoir si Al-Qaïda a gagné ou non.
Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à nos voisins américains : «On ne sait vraiment qui on est que dans l’épreuve… ou on arrive à s’en sortir, ou on reste assomés.» Marie Laberge, Martha