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Détournement de pouvoir
 

La publication du rapport secret de l’Unité anticollusion du ministère des Transports du Québec a de quoi nous troubler. Tout au long des 78 pages de ce rapport, le lecteur découvre une liste sans fin de malversations dans l’industrie de la construction.

Et, cette fois, on ne parle pas d’une enquête menée par des journalistes auprès de témoins cachés. Non. Il s’agit d’un rapport officiel publié suite à des enquêtes effectuées par un organisme gouvernemental.

Collusion évidente
On découvre dans ce rapport un véritable modus operandi mettant en scène le crime organisé, des firmes de génie-conseil, des entrepreneurs en construction, des fonctionnaires et des partis politiques. Tout ce beau monde se pourlèche les babines en se remplissant les poches à même les fonds publics.

Pour mieux comprendre l’ampleur de cette collusion, permettez-moi de citer trois extraits du rapport en question. «S’il devait y avoir une intensification du trafic d’influence dans la sphère politique, on ne parlerait plus simplement d’activités criminelles marginales, ni même parallèles : on pourrait soupçonner une infiltration voire une prise de contrôle de certaines fonctions de l’État ou des municipalités.»

En voici une deuxième : «Un ingénieur prévoit 1 000 chargements de terre contaminée sur un site, alors qu’il sait pertinemment que seuls 100 chargements seront nécessaires. En communiquant cette information à un entrepreneur ciblé, il peut lui faire miroiter l’économie de 900 chargements qui avantagera sa soumission.»

Pour terminer : «Certains entrepreneurs qui ne coopèrent pas à la collusion sont victimes de menaces et d’intimidation de la part de concurrents parfois associés à des organisations criminelles.»

Je pourrais citer une foule d’autres constatations du genre, mais je crois que l’on en a déjà suffisamment pour se faire une idée de l’ampleur de ce phénomène qui mine une industrie et qui contribue à détourner le pouvoir de l’État au profit de criminels qui bénéficient de la complicité des pouvoirs publics, lesquels préfèrent fermer les yeux par cupidité ou par peur.

Retour à la case départ
Jean Charest croyait avoir noyé le poisson en mettant en place divers organismes chargés d’enquêter sur les allégations qui font l’objet de révélations depuis bientôt deux ans. Mais, avec la reprise des travaux parlementaires, ces nouvelles révélations vont lui rebondir en plein visage et nous assisterons encore une fois à une panoplie de demandes en provenance de tous les milieux et exigeant la tenue d’une enquête publique, seul moyen de faire toute la lumière.

Il faut s’attendre à ce que le Premier ministre demeure sur sa position et rejette toute ces demandes. En agissant ainsi, Jean Charest se comporte comme une personne qui, volontairement, se voile les yeux pour ne rien voir. Une telle attitude nous amène à nous interroger sur ses véritables motivations. Il est normal, pour les contribuables que nous sommes, de nous demander si notre Premier ministre n’est pas complice de tout ce manège. Lui qui voulait avoir les deux mains sur le volant, tout porte à croire qu’il conduit les yeux bandés, ce qui n’a rien de rassurant pour nous.

Vendredi dernier, lors d’un point de presse portant précisément sur le rapport de l’Unité anticollusion, M. Charest a poussé l’arrogance jusqu’à admettre qu’il n’avait pas lu ledit rapport. Voilà qu’il se présente en conférence de presse et fait des commentaires sur le rapport pour finalement avouer qu’il ne l’a pas lu. À bien y penser, peut-être n’avait-il pas besoin de lire le rapport puisque, probablement que notre Premier ministre sait déjà très bien comment ça se passe.

Selon moi, il ne fait aucun doute que le Gouvernement québécois a perdu le contrôle et que nous assistons à un détournement du pouvoir au bénéfice de criminels qui ne pensent qu’à se remplir les poches à nos frais. La citation qui suit, de Leonidas Fogg, est fort révélatrice de ce que nous vivons présentement au Québec : «Quand le mépris pour la politique se généralise et que la confiance dans les institutions disparaît, quand les appartenances se dissolvent et que l’intérêt personnel devient la seule motivation, quand l’économie souterraine prolifère et que la débrouillardise est la principale vertu, alors une société est prête à tomber entre les mains de toutes les mafias. Le processus est inévitable.»

J’ai bien peur que nous en soyons déjà là.

Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à Jean Charest : «Bien des hommes pourraient voir s’ils enlevaient leurs lunettes.» Friedrich Hebbel

 
 
Lien permanent | Commentaires (0) | Publié le septembre 20, 2011 5:06 PM

 

 

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À propos de Pier Dutil

Après des études collégiales au Séminaire de St-Georges et en sciences politiques à l'Université Laval, Pier Dutil entreprend sa carrière professionnelle dans le domaine du journalisme. De 1971 à 1977, il a été rédacteur-en-chef de divers hebdos, éditorialiste attitré à l'émission radiophonique «Commentaires» de Radio Canada et collaborateur à diverses émissions d'information et d'affaires publiques à la télévision de Radio Canada.

De 1977 à 2003, Pier occupe diverses fonctions reliées aux communications, au marketing et à la gestion au sein de plusieurs entreprises comme le Groupe Canam Manac, le quotidien Le Soleil, les consultants Soleil Communication et Québécor.

Pier Dutil a pris sa retraite après 22 années de service au sein du Groupe Canam Manac. Aujourd'hui, il siège au conseil d'administration d'entreprises manufacturières et d'organismes communautaires et sociaux.

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