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République de bananes
 

Le réseau routier québécois couvre approximativement 29 000 kilomètres de routes et compte quelque 5 200 ponts, viaducs et tunnels. Ces infrastructures routières, en grande majorité, ont été construites dans les années 60 et 70.

Depuis les années 80, les gouvernements québécois, tant péquistes que libéraux, ont négligé l’entretien du réseau routier de façon telle qu’aujourd’hui, nos infrastructures routières sont dans un état de décrépitude avancée.

Une vraie honte
Il suffit de voyager en auto dans les provinces canadiennes ou les états américains limitrophes au Québec pour constater à quel point notre réseau routier fait pitié. Même un aveugle peut deviner quand il passe d’une route ontarienne ou américaine à une route du Québec en ressentant le roulement de l’auto sur le pavé. Au Québec, les routes sont raboteuses, il n’y a pratiquement pas d’accotements, les nids de poule abondent, en somme, il n’y a pas de quoi être fier. Pourtant, c’est au Québec qu’il en coûte le plus cher pour construire un kilomètre de route.

Et voilà qu’en plus, des morceaux de structures nous tombent sur la tête. Il pleut du béton. Heureusement, le dernier évènement, survenu dans le tunnel Viger de l’autoroute Ville-Marie, à Montréal, n’a pas fait de victimes. Mais cela est seulement le fruit du hasard. Quelques secondes avant l’effondrement, des autos circulaient à cet endroit.

Et qu’est-ce que le clairvoyant ministre des Transports du Québec, Sam Hammad, a trouvé à dire dans les heures qui ont suivi? Je le cite : «Toutes les routes qui sont ouvertes sont sécuritaires. Il n’y a aucun compromis avec la sécurité au Québec.» C’est à croire que Sam Hammad en fume du bon. Non, mais il faut nous prendre pour des imbéciles pour tenir de tels propos! À moins que ce soit lui l’imbécile?

Malheureusement, cet effondrement récent n’est pas exceptionnel. En 2000, une poutre d’une soixantaine de tonnes du viaduc du Souvenir à Laval s’est effondrée, tuant une personne et en blessant deux autres. Toujours à Laval, en 2006, le viaduc de la Concorde, en réparation, est tombé, faisant cinq morts et 6 blessés. Récemment, des joints de dilatation du pont Champlain ont flanché, laissant apparaître des trous béants et le pont Mercier a été fermé d’urgence parce que l’on venait d’y découvrir des défaillances qui mettaient en danger les gens qui y circulaient.

Un seul de ces évènements a fait l’objet d’une enquête publique, soit l’effondrement du viaduc de la Concorde. La Commission d’enquête, présidée par Pierre-Marc Johnson, a coûté des millions de dollars aux contribuables que nous sommes et a trouvé le moyen de conclure qu’il n’y avait aucun responsable. Le viaduc de la Concorde s’est donc effondré comme par magie. Quant aux cinq victimes, elles n’avaient qu’à ne pas se trouver là. C’est tout.

Maudite manie
Dans chacun de ces cas, les responsables politiques viennent nous servir des propos qui se veulent rassurants. Peu après, on apprend que des rapports officiels existaient, rapports dans lesquels les risques étaient bel et bien décrits. Mais, ces rapports, si l’on en croit les ministres responsables, nous sommes trop stupides pour les comprendre. Alors, il vaut mieux les garder secrets afin de ne pas nous ameuter inutilement.

Personnellement, je suis écoeuré de cette maudite manie de nos politiciens qui veulent nous infantiliser, comme si nous n’étions pas capables de comprendre le contenu d’un rapport ou de consulter un expert pour nous l’expliquer.

Les rapports existants sur l’état de nos infrastructures routières devraient toujours être publiés. C’est nous qui payons ces rapports, alors il est tout à fait normal que l’on puisse prendre connaissance de leurs contenus.

Se promener sur les routes du Québec est pratiquement devenu un sport extrême. C’est un peu comme jouer à la roulette russe. Il y a plus de chances de ne pas recevoir sur la tête une pièce de structure que d’en recevoir une, mais si jamais vous vous trouvez au mauvais endroit au mauvais moment, vous n’aurez pas l’occasion de nous le raconter.

Sincèrement, de ce temps-ci, le Québec ressemble de plus en plus à une véritable république de bananes.

Pensée de la semaine
Je me permets de reprendre une pensée déjà utilisée et la dédier à Sam Hammad : «Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles.» Sénèque

 
 
Lien permanent | Commentaires (2) | Publié le août 10, 2011 10:11 AM

Je suis allée en république Dominicaine cet été moi-la. Pis.. bein y avais pas de bananes(sauf au buffet de manger mou a midi). En plus les routes fesaient dur!! Encore plus qu'à St-Robert!Donc,bein coudonc-là! Si je paye pour voir des bananes, je VEUX voir des bananes...Si je paye pour un rapport je VEUX voir le rapport(de ce commentaire)! Merci.

 
 
Publié par rogere Lapierre | août 12, 2011 4:11 PM

Permettez moi d'ajouter que, durant cette même période, la quantité de matériaux qui transitait par le train, a diminué et nos infrastructures routières en ont absorbé l'impact !
Un seul camion-remorque serait plus stressant pour nos infrastructures que 40,000 véhicules automobiles !
Pourquoi le gouvernement du Québec et celui du Canada, n'ont-ils pas injecté de l'argent pour revitaliser nos infrastructures ferroviaires afin de soulager nos routes ?
La réduction de pollution est aussi un élément qui devrait sensibiliser nos décideurs ! Mais les pétrolières et leur conjoint l'industrie du camionnage forment un couple qui a beaucoup d'influence !
Oui une république Peau de Banane car nous sommes manipulés habillement !

 
 
Publié par Michel Duplin | septembre 20, 2011 7:44 PM

 

 

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À propos de Pier Dutil

Après des études collégiales au Séminaire de St-Georges et en sciences politiques à l'Université Laval, Pier Dutil entreprend sa carrière professionnelle dans le domaine du journalisme. De 1971 à 1977, il a été rédacteur-en-chef de divers hebdos, éditorialiste attitré à l'émission radiophonique «Commentaires» de Radio Canada et collaborateur à diverses émissions d'information et d'affaires publiques à la télévision de Radio Canada.

De 1977 à 2003, Pier occupe diverses fonctions reliées aux communications, au marketing et à la gestion au sein de plusieurs entreprises comme le Groupe Canam Manac, le quotidien Le Soleil, les consultants Soleil Communication et Québécor.

Pier Dutil a pris sa retraite après 22 années de service au sein du Groupe Canam Manac. Aujourd'hui, il siège au conseil d'administration d'entreprises manufacturières et d'organismes communautaires et sociaux.

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