Promoteurs manipulateurs
Depuis le début, ce projet a des allures d’improvisation. Le Maire de Québec, Régis Labeaume, force la main de tous les intervenants. Alors que les amphithéâtres canadiens accueillant une équipe de la Ligue Nationale de Hockey ont été construits avec des fonds privés, alors que le Centre Bell paient 9 M $ par année en taxes municipales, voilà que Québec exige que des fonds publics servent à la construction de son amphithéâtre. Comme si les Québécois étaient des «quêteux».
Lors de sa campagne à la Mairie de Québec, le candidat Labeaume annonce que la part de la Ville dans ce projet sera de 50 M $. Quelques mois plus tard, voilà que la part de la Ville passe à 187 M $, seulement 3,7 fois plus.
Lorsqu’il négocie avec le gouvernement fédéral pour que ce dernier participe au financement, le Maire Labeaume utilise la menace, déclarant que si le fédéral refuse de faire sa part, le projet devra être abandonné.
Après avoir négocié une entente secrète avec Pierre-Karl Péladeau, le petit Napoléon québécois décide qu’il a maintenant besoin d’une loi spéciale protégeant son entente de toute poursuite judiciaire. Il me semble que lorsque l’on est convaincu d’avoir procédé légalement dans un dossier, on ne craint pas d’être poursuivi.
Le Parti Québécois et le Parti Libéral s’agenouillent devant le Maire de Québec et acceptent de concocter un projet de loi spécial. Comme si cela n’était pas suffisant, «Speedy» Labeaume décrète que ce projet de loi doit être approuvé absolument avant le 10 juin, sinon tout le projet risque d’avorter. De son côté, le partenaire à l’entente, Pierre-Karl Péladeau, avise les parlementaires que si l’entente entre Québécor et la Ville de Québec n’est pas signée avant le 7 septembre prochain, son entreprise pourrait se retirer du projet. Les grandes menaces sont mises de l’avant et il ne reste plus aux parlementaires qu’à ramper devant la volonté de ces importants promoteurs.
On bouscule les travaux parlementaires, on songe même à tripoter des lois existantes de façon à satisfaire les Sieurs Labeaume et Péladeau, mais, Dieu merci, Amir veillait au grain.
La chicane est pognée
À partir du moment où le député de Québec Solidaire a mis son doigt dans l’engrenage, le projet a été mal foutu et les menaces de Messieurs Labeaume et Péladeau ont commencé à prendre l’eau.
Et la grogne prenait de l’ampleur au sein du PQ et du PLQ. Fidèle à leurs habitudes, les péquistes préfèrent laver leur linge sale sur la place publique, ce qui a entraîné la démission de quelques députés. Chez les Libéraux, on a appris depuis longtemps qu’il est moins dommageable de laver son linge sale en famille. Il faut reconnaître qu’il est toujours plus coûteux de démissionner d’un parti au pouvoir.
C’est alors que Jean Charest a décidé de mettre fin à cette saga et de reporter le tout à l’automne. Étrangement, la menace du Maire de Québec d’abandonner le projet si la loi n’était pas adoptée avant le 10 juin ne tient plus, exactement comme la menace du Président de Quebecor de se retirer du projet d’entente avec la Ville. Subitement, il n’y a plus d’urgence. Du jour au lendemain, on dit une chose et son contraire.
Lors de la reprise des travaux parlementaires, en septembre prochain, il faut s’attendre à ce que le projet de loi refasse surface, sous sa forme actuelle ou sous une nouvelle forme pour mieux nous aider à avaler la pilule. De toute façon, le projet finira par être adopté, l’amphithéâtre sera un jour construit et les payeurs de taxes que nous sommes mettront à nouveau la main dans leurs poches pour permettre à des BS de luxe de s’enrichir davantage.
Tant et aussi longtemps que Baptiste acceptera de payer, attendez-vous à ce que d’autres sangsues continuent à le siphonner.
Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à Régis Labeaume et à Pierre-Karl Péladeau : «On n’est jamais aussi bête que lorsqu’on se prend au sérieux.» Oscar Wilde