Les détaillants
Ceux qui s’imaginent encore les détaillants comme de petits entrepreneurs gérant leur station-service comme dans le bon vieux temps, fixant lui-même le prix de l’essence à la pompe de façon à attirer chez lui la clientèle; ceux-là rêvent en couleurs.
Dans la presque totalité des cas, le prix de l’essence à la pompe est fixé par les pétrolières elles-mêmes. Ce prix variera selon la période de l’année, les vacances et les longues fins de semaines de congé, selon la localisation de la station-service, etc.
Aucune pétrolière n’avouera que les raisons énumérées ci-haut ont une réelle influence sur la détermination des prix, mais c’est nous prendre pour des idiots de penser qu’on pourrait les croire.
Les pétrolières prétendent que les variations de prix résultent des éléments suivants : les prix du brut, du raffinage, du transport et de la marge de profit des détaillants.
Si c’était le cas, comment expliquer que le prix à la pompe augmente d’un coup de 6 à 9 sous et qu’il ne diminue que d’un sou à la fois? Comment expliquer que l’augmentation du prix du brut sur le marché mondial indique le prix qui sera payé plus tard, soit dans un délai de un à trois mois, et qu’on décide d’augmenter le prix à la pompe le lendemain, alors que l’essence qui se trouve dans les réservoirs des stations-service a été payé à un prix largement inférieur?
Comment expliquer aussi que, dans une région comme la nôtre, en moins de cinq minutes, tous les prix de toutes les stations-service seront modifiés de façon à ce que le prix du litre soit le même partout? Comment expliquer que, dans les grands centre urbains comme Montréal et Québec, une même compagnie pétrolière puisse vendre l’essence à des prix qui varient selon la rue où est située la station-service? J’ai pu vérifier ce fait il y a une dizaine de jours lors d’un séjour à Montréal. Là où la circulation est plus dense, les prix sont souvent plus élevés que dans les quartiers plus isolés. Pourtant, les prix du brut, du raffinage, du transport et des taxes sont les mêmes pour tous.
Y a-t-il collusion?
Si j’osais affirmer qu’il y a collusion entre pétrolières, on pourrait m’accuser de répandre des faussetés et me demander d’en fournir la preuve.
Mais cette preuve, le Bureau de la concurrence du Canada, suite à une longue enquête, est parvenu à en prouver l’existence en Estrie, plus précisément à Sherbrooke, Victoriaville, Magog et Thetford Mines.
Jusqu’à date, 38 personnes ont été accusées et 11 ont déjà reconnu leur culpabilité; 14 entreprises ont également été poursuivies et six ont avoué leur faute ou ont accepté de verser de fortes amendes sans pour autant reconnaître leur culpabilité. Comme si on acceptait de payer par simple altruisme, prétendant n’avoir rien fait de mal. Mon œil!
Les amendes totalisent, à date, 2, 8 M $, alors que les peines d’emprisonnement ne sont que de 54 mois répartis entre six personnes. L’affaire n’est pas terminée, car plusieurs accusés n’ont pas encore subi leur procès. De plus, un recours collectif a été intenté par l’Association de protection des automobilistes au nom des clients des entreprises coupables.
Enfin, une enquête aura permis d’établir clairement qu’il y a bel et bien collusion dans certains milieux pour fixer le prix de l’essence à la pompe. Si cela est avéré en Estrie, rien ne m’empêche de conclure que cela soit aussi possible dans d’autres régions.
Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à celles et ceux qui croient que l’on ne peut rien faire pour lutter contre le prix de l’essence : «Il est bien des choses qui ne paraissent impossibles que tant qu'on ne les a pas tentées.» André Gide