Parents irresponsables
Jusqu’à tout récemment, je pensais avoir eu de bons parents et avoir joui d’une enfance heureuse et sans problèmes. Quelle naïveté!
Imaginez-vous donc que, durant ma tendre enfance, ma mère me couchait à plat ventre, dans une couchette dont la largeur entre les barreaux n’avait jamais été mesurée. Quand j’ai commencé à pouvoir me traîner par terre, ma mère m’installait dans une marchette munie de roulettes et j’imagine que c’est à partir de là que j’ai commencé à aimer la vitesse. Tous ces risques n’étaient pas venus à bout de moi.
Lorsque nous faisions une ballade en auto, nous étions assis à l’avant, sur les genoux de maman. Pas question de ceinture de sécurité ou de se retrouver sur la banquette arrière, attaché à double tour dans un siège pour enfant. Assis à l’avant, nous pouvions suivre le parcours. Plus âgés, nous nous entassions tous les quatre sur la banquette arrière, ne ratant pas une occasion de nous chamailler, ce qui rendait le voyage un peu plus agité, au grand désespoir des parents.
Si nous ne manquions de rien sur la table, je n’en reviens pas, aujourd’hui, de ce que notre mère nous servait. Non seulement notre lait n’était pas écrémé mais il arrivait souvent qu’il n’ait même pas été pasteurisé, passant directement du pis de la vache à notre verre via une bonne vieille pinte en vitre. Ça, ça goûtait quelque chose.
La viande que nous consommions provenait régulièrement de chez mon grand-père Dutil qui faisait boucherie dans sa grange et qui vendait le fruit de son labeur par les portes, transportant ses pièces de veau dans un petit coffret non réfrigéré à l’arrière de sa voiture tirée par un cheval. Et si l’on voulait avoir droit à un bon dessert sucré, il fallait vider nos assiettes.
Lorsque nous avons eu droit à un vélo, ce que nous appelions à l’époque un bicycle à deux roues, pas question de nous munir d’un casque protecteur. Et n’allez pas croire qu’il s’agissait de puissants bolides à 10 ou 20 vitesses. À l’époque, le grand luxe, c’était un bicycle à trois vitesses. On poussait la machine au maximum, ne comptant que sur la force de nos petites pattes, et il faisait bon sentir le vent dans nos cheveux. Les plus téméraires se risquaient même à effectuer quelques acrobaties et, lorsqu’il nous arrivait de prendre une «débarque», pas question de nous plaindre pour un genou ou un coude éraflé.
Durant l’année scolaire, même si nous habitions à quelque deux kilomètres de l’école, on voyageait à pied, revenant même à la maison pour le dîner. Et il arrivait que, durant l’hiver, nous retournions à l’école pour une partie de hockey sur la patinoire extérieure que nous devions gratter entre les périodes.
Vive la DPJ
Et moi qui étais convaincu d’avoir eu une jeunesse dorée! Lorsque je compare mon sort avec toutes les protections offertes par les parents d’aujourd’hui à leurs petits monstres, je ne comprends pas que tous les membres de ma génération ne soient pas déjà décédés.
Si au moins nous avions pu faire appel à une espèce de DPJ, nous aussi. Même pas moyen d’aller devant les tribunaux pour poursuivre nos parents. Ça ne se faisait pas à l’époque. Nous n’avions pas des droits, seulement des devoirs.
Quand je compare mon enfance avec celle des enfants d’aujourd’hui, aies-je raison de proclamer que j’ai eu de bons parents?
Dans ma réflexion, une question me vient à l’esprit : après avoir été négligés durant notre enfance, comment expliquer que l’on jouisse d’une espérance de vie de plus en plus longue? On devrait être déjà tous morts. Non?
Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à tous les parents et éducateurs : «Les enfants ont plus besoin de modèles que de critiques.»