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Les yeux vis-à-vis les trous
 

Je dois vous avouer que j’ai ressenti une petite jouissance en prenant connaissance du rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement dévoilé la semaine dernière par Pierre Arcand, le ministre de l’Environnement et portant sur les gaz de schiste.

J’en étais venu à me demander si, un jour, il serait possible de trouver quelqu’un susceptible de nous informer adéquatement sur le sujet. Enfin, il semble que oui.

Une centaine de recommandations
Même si le rapport en question contient une centaine de recommandations, le ministre Arcand et le gouvernement Charest ont dit être disposés à se ranger derrière l’ensemble de celles-ci.

La plus importante vise à mener une évaluation environnementale stratégique, un outil mondialement reconnu pour son sérieux et son ampleur. Il faudra de 18 à 30 mois pour réaliser cette évaluation, mais, rien ne presse, le gaz présent dans le sol québécois ne s’échappera pas.

Depuis que le débat sur les gaz de schiste a été lancé au Québec, nous faisions face à deux clans qui ne cessaient de s’affronter sur la place publique. D’une part, les promoteurs faisaient ressortir des arguments nombreux visant à nous convaincre des avantages de l’exploitation de cette ressource, surtout des avantages économiques.

De l’autre côté, les opposants avaient choisi de semer la crainte dans la population, mettant de l’avant tous les risques inhérents à l’exploitation de cette ressource. À les entendre parler, si jamais le Québec se lançait dans l’exploitation des gaz de schiste, ce serait l’Apocalypse, rien de moins. À la base, le débat était biaisé.

Pour le commun des mortels, il devenait impossible de prendre position de façon intelligente sur le sujet. Plusieurs lecteurs me demandaient ce que j’en pensais et quand j’aborderais le sujet. Je répondais toujours la même chose, à savoir que je n’en connaissais pas suffisamment sur le sujet pour me faire une opinion éclairée.

Je n’en connais pas plus aujourd’hui, mais je suis content de constater qu’enfin, on va se livrer à une étude sérieuse de la question avec l’aide de personnes neutres. C’est ce que le Gouvernement du Québec aurait dû faire dès le début plutôt que de laisser toute la voie libre aux promoteurs et à une Nathalie Normandeau, ministre des Ressources naturelles, qui semblait déjà avoir fait son lit avec les promoteurs.

Du côté des promoteurs, plusieurs ont agi comme des sauvages, envahissant les terres des particuliers sur des territoires municipaux sans aviser qui que ce soit, avec la bénédiction de l’État. Il fallait prendre les gens pour des imbéciles pour croire que cela passerait comme du beurre dans la poêle.

On a laissé passer des millions
Un autre constat fait par le BAPE concerne les sommes d’argent que le Gouvernement du Québec a retiré des permis d’exploration consentis aux entreprises.

Alors que, dans d’autres provinces canadiennes, on a procédé par une vente aux enchères de ces permis, le Québec a préféré les accorder sur la base du premier arrivé, premier servi. Cette façon de faire, on ne peut plus stupide, a fait en sorte que les permis d’exploration se sont vendus 575 $ par hectare dans les provinces de l’Ouest, alors que le prix payé au Québec n’est que de 0,10 $ par hectare. Les entreprises devaient être mortes de rire devant un tel prix.

Pendant que la Colombie-Britannique empochait 750 M $ annuellement depuis dix ans, le Québec s’est contenté de moins de 5 M $. Une vraie farce, mais une farce pas très drôle.

Je ne suis pas encore en mesure de me prononcer pour ou contre l’exploitation des gaz de schiste, mais, ce qui m’encourage, c’est de savoir que des spécialistes étudieront la question et nous feront rapport. Lorsque nous en connaîtrons tous les aboutissants, il nous sera alors possible de nous faire une idée éclairée et de prendre position.

Grâce à ce travail, on devrait avoir les yeux vis-à-vis des trous et être en mesure de juger par nous-mêmes, sans avoir à subir la propagande d’une bande de faux «preachers» qui nous manipulent en nous faisant croire qu’ils veulent protéger nos intérêts.

Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à celles et ceux qui font preuve d’ouverture en s’informant : «Le savoir est une forme de pouvoir. L’ignorance n’est pas une forme de progrès social. On ne s’affaiblit pas en s’instruisant.» Rima Elkouri, La Presse

 
 
Lien permanent | Commentaires (2) | Publié le mars 15, 2011 10:59 PM

Bonjour Pier!

J'ai beaucoup apprécié lire cet article! Je m'aperçois qu'il existe encore des hommes qui prennent le temps de réfléchir.

Bonne journée

Yves Guay, Lac St-Charles, Québec

 
 
Publié par Yves Guay (re: Alexander towers Hollywood) | mars 30, 2011 2:00 PM

Pour avoir une bonne idée sur les gaz de schiste et les alternatives, j'invite les lecteurs à visiter le site de la Fondation Québécoise des Énergies Renouvelables à : http://fqer.org .

Saviez-vous que la compagnie Junex détient déjà les droits sur toute la Beauce, riche en schiste ?

Pour savoir combien de puits pourraient être creusés dans votre localité, prenez sa superficie et divisez-la par 4.

Pour le cas de Saint-Georges, seulement, cela donne une possibilité de 50 puits.

Est-ce le genre de société à laquelle nous aspirons ?

Michel J. Grenier
Lac-Poulin

 
 

 

 

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À propos de Pier Dutil

Après des études collégiales au Séminaire de St-Georges et en sciences politiques à l'Université Laval, Pier Dutil entreprend sa carrière professionnelle dans le domaine du journalisme. De 1971 à 1977, il a été rédacteur-en-chef de divers hebdos, éditorialiste attitré à l'émission radiophonique «Commentaires» de Radio Canada et collaborateur à diverses émissions d'information et d'affaires publiques à la télévision de Radio Canada.

De 1977 à 2003, Pier occupe diverses fonctions reliées aux communications, au marketing et à la gestion au sein de plusieurs entreprises comme le Groupe Canam Manac, le quotidien Le Soleil, les consultants Soleil Communication et Québécor.

Pier Dutil a pris sa retraite après 22 années de service au sein du Groupe Canam Manac. Aujourd'hui, il siège au conseil d'administration d'entreprises manufacturières et d'organismes communautaires et sociaux.

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