Pas un cas unique
Malheureusement, cette nouvelle n’est pas la première du genre en Beauce. Le secteur du vêtement a longtemps été un fleuron de notre économie, chaque village possédant son usine de couture qui fournissait du travail à des milliers d’employés à majorité féminine.
Nous savons tous qu’il ne s’agissait pas des emplois les plus rémunérateurs, mais des milliers de Beauceronnes y gagnaient bien leur vie, apportant souvent un deuxième salaire à la maison, ce qui permettait aux familles de chez nous de vivre honorablement.
Le Groupe RGR est l’un des derniers à lâcher prise. Dans l’ensemble de ces cas, nous ne sommes pas en présence de propriétaires qui, par caprice ou par goût d’empocher encore plus de profits, ont mis tout le monde à la porte pour aller produire ailleurs à meilleur marché.
Des propriétaires beaucerons
Dans plusieurs cas similaires, le fait que les propriétaires de ces entreprises soient eux-mêmes des Beaucerons, vivant toujours ici, a probablement contribué à prolonger la vie de ces usines.
Nous avons eu un bel exemple de ce phénomène récemment lorsque Manac a annoncé la fermeture de son usine de Trois-Rivières et le transfert de la production à l’usine principale de Saint-Georges. Parions que, si les propriétaires étaient des résidants de Trois-Rivières, c’est l’usine de Saint-Georges qui aurait probablement été fermée. Manac avait d’ailleurs pris une décision semblable en 2004 lorsque l’on avait décidé de fermer l’usine d’Orangeville, en Ontario.
Une part de responsabilité
En tant que consommateurs, nous avons une part de responsabilité dans ce phénomène de fermeture de nos usines. Lorsque nous achetons, nous nous contentons trop souvent de ne regarder que le prix, souhaitant toujours payer le moins cher possible. Rarement nous regarderons d’où provient le produit que nous achetons.
En cherchant toujours à payer moins cher, nous mettons la pression sur les détaillants et sur les fabricants qui doivent chercher, par tous les moyens à leur disposition, à nous fournir des produits à bon marché.
Ces produits, ils proviennent de pays où les travailleurs ont un salaire ridicule, sont souvent des enfants exploités par des fabricants sans scrupules, et se retrouvent dans des usines ou des ateliers où la sécurité n’est pas une préoccupation. Ces employés doivent souvent s’éreinter au boulot dix à douze heures par jour, au moins six jours par semaine.
Il devient facile pour ces fabricants d’offrir des produits à des prix ridicules. Mais ce phénomène n’apporte rien de positif à nos économies. Les travailleurs de ces usines, souvent asiatiques, ne paient aucun impôt chez nous, comme leurs employeurs d’ailleurs.
Pendant ce temps, ici, les travailleurs qui perdent leurs emplois ne paient plus d’impôts, paient moins de taxes parce qu’ils consomment moins et, se retrouvant dans le besoin, font appel à nos mesures sociales qui finissent par coûter cher à l’ensemble de la société. Ils n’ont malheureusement pas d’autre choix.
Pendant que nous nous réjouissons d’avoir payé tel produit beaucoup moins cher, nous travailleurs sont au chômage et nos usines ferment. Jusqu’où ce phénomène nous conduira-t-il?
Il me semble que l’on devrait collectivement prendre l’habitude de regarder d’où provient un produit avant de l’acheter et à être prêt à payer un peu plus pour un produit fabriqué ici, par des travailleurs de chez nous qui paient des impôts et des taxes à nos gouvernements. Ensemble, finalement, nous serions tous gagnants.
Pour une fois que nous détenons un pouvoir, à nous de l’exercer pour le bénéfice de la collectivité.
«Made in China». Ça crée des jobs en Chine, pas ici.
Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine aux travailleurs qui ont perdu leur emploi au cours de la dernière année : «Avec le temps, la blessure guérit. La cicatrice reste, mais la douleur n’est plus perceptible.»