Mon cher Jean
D’entrée de jeu, j’aimerais t’encourager en te disant que 2011 pourrait difficilement être pire pour toi que 2010. Ta popularité est au plus bas; tu n’as plus la confiance de tes commettants et, s’il y avait des élections aujourd’hui, tu te retrouverais probablement chef de l’opposition et les Libéraux te montreraient la porte. Donc, reconnaissons que, dans ton cas, il n’y a place que pour l’amélioration.
Mais ça ne sera pas facile. Dans les prochains jours, Michel Bastarache déposera son rapport. Si l’on se fie aux témoignages entendus, tu seras sans doute un peu écorché. Mais, les mesures que tu accepteras de prendre pour que le processus de nomination des juges retrouve sa crédibilité perdue pourraient te donner l’occasion de démontrer ton intention de changer les choses.
La nomination récente d’un commissaire à l’éthique, une promesse qui datait de 2003, contribuera à ramener à l’ordre les élus de tous les niveaux. Il faut s’attendre également à ce que l’escouade Marteau finisse par accoucher de ses enquêtes et porte des accusations contre les mafieux qui ont investi le monde de la construction et de la politique. Mais, pour que cela soit pris au sérieux, il faudra s’attaquer aux gros poissons et ne pas se contenter des petits «ménés» qui iront au front pour sauver la face de leurs patrons.
Jean, là où tu pourrais agir pour redorer ton blason et reconquérir une place de choix dans l’histoire, c’est au niveau des finances de l’État. La présentation du prochain budget devra amorcer un retour vers des budgets équilibrés. Avec une augmentation des dépenses de 5,8 %, alors qu’il avait prévu 3,2 %, il est clair que ton gouvernement n’a pas le contrôle de ses dépenses. On ne pourra continuer ainsi sans hypothéquer l’avenir des générations qui nous suivent. Que dirais-tu de revenir à la réingénierie de l’État promise en 2003?
En prenant les mesures qui s’imposent, même si elles sont parfois impopulaires, tu n’augmenteras pas ta cote de popularité, mais tu auras eu le courage de poser les gestes nécessaires pour un retour à l’équilibre budgétaire et l’histoire t’en sera reconnaissante.
De toute façon, tout indique que, malgré tes dires, tu ne compléteras pas ton mandat. Tu n’as certainement pas accepté de te priver du 75 000 $, que te versait ton parti, par grandeur d’âme, toi qui disais : «..il faut ce qu’il faut pour vivre.»
Et quand tu affirmes que les Libéraux sont toujours derrière toi, méfie-toi, car c’est la meilleure position pour te planter un couteau dans le dos.
Mon cher Stephen
Quand je t’entends interpréter l’hymne de paix de John Lennon, «Imagine», en t’accompagnant au piano, je me dis que tu dois avoir deux personnalité. Le Stephen Harper Premier ministre depuis janvier 2006 est pas mal moins «cool» que l’interprète de «Imagine».
Ton récent remaniement du Cabinet n’annonce pas de grands changements. Il y a toujours quelque 50 % de tes ministres qui ne prononcent pas un mot de français et il est clair que tu concentres tes énergies du côté de l’Alberta et de l’Ontario dans l’espoir de diriger un jour un gouvernement majoritaire.
Les sondages les plus récents indiquent pourtant que, si des élections avaient lieu aujourd’hui, ton gouvernement, au mieux, demeurerait minoritaire. Il faut donc regarder ailleurs pour améliorer ton sort.
Remplacer la mission de combat des forces canadiennes en Afghanistan par une mission de formation est un bon point. Cela correspond davantage à la volonté des Canadiens. Tu devrais aussi tenter d’améliorer ta cote sur le plan environnemental, là où le Canada a perdu sa bonne réputation à l’international. En refusant d’agir en environnement, nos entreprises prennent un retard qui pourrait être fort coûteux à long terme.
Même si tu prétends ne pas vouloir déclencher des élections cette année, le contenu du prochain budget pourrait nous prouver le contraire.
J’espère que le Stephen, «cool» interprète de «Imagine», saura influencer le Stephen Premier ministre.
Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à nos deux Premiers ministres : «La confiance sans la compétence conduit souvent à l’arrogance». Henry Mintzberg