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La manie de la "Structurite"
 

La Fédération des Médecins spécialistes du Québec (FMSQ) publiait récemment des statistiques qui font réfléchir. Selon la FMSQ, de 2000 à 2009, le personnel administratif du système de santé au Québec a crû de 52 %, le personnel cadre a fait de même dans une proportion de 30 %, alors que le personnel soignant n’a augmenté que de 6 %.

Il y aurait 108 000 employés aux soins et 100 000 à l’administration. C’est presque un chef par indien. Même si le Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a confirmé ces chiffres, le Ministre Yves Bolduc les a contestés dans les jours qui ont suivi.

La «structurite»
Que l’on prenne les chiffres de la FMSQ ou ceux du ministre Bolduc, il n’en demeure pas moins que la structure au sein du MSSS est lourde. Le ministre a d’ailleurs reconnu qu’il y avait eu une augmentation importante au niveau des cadres au cours des dernières années. Il importe de signaler que, avec chaque nouveau cadre viennent des adjoints et un personnel de soutien qui contribuent à accroître le nombre d’employés et à accaparer une partie toujours plus importante du budget disponible. L’argent servant à payer tout ce beau monde n’est plus disponible pour offrir des soins aux patients.

Je n’irais pas jusqu’à prétendre que le personnel cadre ou administratif ne sert à rien, mais je me dois de m’interroger sur la quantité et l’efficacité. Lorsque l’on regarde l’organigramme du MSSS, on a l’impression d’être dans un véritable labyrinthe. Les niveaux hiérarchiques abondent et l’on en vient vite à ne plus savoir qui fait quoi et qui relève de qui?

Il y a longtemps que les ministres de la Santé déclarent vouloir réduire la structure afin de réduire les coûts. On attend toujours les résultats. On a créé les Régies régionales de la santé, devenues aujourd’hui les Agences de la santé et des services sociaux. Il y en a 18 au Québec.

L’objectif était de décentraliser les services pour les rapprocher des usagers. Le but était louable. Normalement, les responsabilités confiées aux Agences signifiaient que ce travail n’avait plus à être effectué par le personnel du ministère. Logiquement, cela aurait dû entraîner une diminution du personnel du ministère. Cela ne s’est pas produit.

Nous disposons donc d’une nouvelle structure qui s’est tout simplement ajoutée aux services du MSSS. Les coûts des Agences au Québec représenteraient plusieurs centaines de millions de dollars. Tout cela pour du dédoublement.

Des choix à faire
Dans son rapport suite à la commission qui portait son nom, Claude Castonguay donnait l’exemple des 33 pays de l’Organisation de Coopération et de Développement économique (OCDE) qui ont opté soit pour un ministère fort et des structures régionales légères, soit pour un ministère léger et des structures régionales fortes. Au Québec, on a choisi les deux. Pas surprenant de voir croître annuellement les coûts de la santé. On n’a pas eu le courage de faire un choix.

On se paie deux lourdes structures et l’on manque de budget pour les services rendus à la population. Pendant que le personnel soignant, qui œuvre au ras des pâquerettes, a la «broue» dans le toupet, on multiplie le nombre de cadres à hauts salaires et le nombre de leurs adjoints qui se perdent dans des rapports et des études qui n’ajoutent rien aux services rendus aux patients.

Il est évident que ce système ne pourra être maintenu éternellement. Bientôt, il faudra faire des choix, Le plus tôt sera le mieux.

Mise au point
Dans la partie consacrée au gaz de schiste de ma chronique de la semaine dernière, je mentionnais que Junex, l’entreprise qui détient les droits d’exploration en Beauce, n’avait encore jamais foré de puits.

Un lecteur avisé, Mario Pelchat, a eu la gentillesse de m’informer que Junex a déjà foré dans le rang 4 de St-Gédéon. Junex aurait aussi effectué des essais de secousses sismiques jusque dans le rang 3 de St-Martin.

Merci à Mario Pelchat. Son intervention prouve que l’on est plus intelligents en groupe que seul.

Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine aux décideurs de l’appareil de l’État : «Si tu fais ce que tu as toujours fait de la manière que tu l’as toujours fait, tu vas avoir les résultats que tu as toujours eus.»

 
 
Lien permanent | Commentaires (2) | Publié le octobre 5, 2010 10:37 PM

À ce sujet, permettez-moi cette petite histoire...


Une fable? Peut-être pas...

Tous les jours, une petite fourmi arrivait en avance au boulot, et se mettait au travail. Elle produisait et elle était contente.

Le chef, un lion, s’étonna que la fourmi travaillait sans supervision.
Si elle produisait autant sans supervision, ne produirait-elle pas encore davantage si elle était supervisée?

Il recruta un cafard, qui avait une grande expérience en tant que superviseur et qui rédigeait de magnifiques rapports.
La première décision du cafard fut de mettre en vigueur un pointage des entrées et des sorties de la fourmi.
Tout de suite, le cafard eu besoin d’une secrétaire pour l’aider à préparer les rapports et ... il recruta une araignée, qui, en plus, constitua des archives et un contrôle des communications téléphoniques.

Le lion fut enchanté par les rapports du cafard et lui demanda en outre des graphiques décrivant les taux de production et l’analyse des tendances, pour les présenter dans des réunions entièrement consacrées à ça.
C’est alors que le cafard fit acheter un ordinateur ainsi qu’une imprimante laser et.... recruta une mouche pour gérer le service informatique.

La fourmi, naguère productive et épanouie, se désespérait de cet univers de papiers et de réunions qui lui bouffait tout son temps!
Le lion en conclu que le moment était venu de créer le poste de responsable du secteur où la fourmi travaillait.
Le poste fut confié à une cigale, dont la première décision fut d’acheter un tapis et un fauteuil ergonomique pour son bureau.

La nouvelle responsable, la cigale, eut aussi besoin d’un ordinateur et d’une assistante (qui venait de son service précédent) pour l’aider à préparer un plan stratégique d’optimisation du travail et de contrôle du budget pour le secteur où travaillait la fourmi, qui, à ce stade, ne rigolait plus, et qui était chaque jour un peu plus en colère.

Ce fut à cette époque que la cigale convainquit le patron, le lion, de l’absolue nécessité de la réalisation d’une étude climatique de
l’environnement.

Après avoir étudié les charges de travail, le lion s’aperçut que le secteur au sein duquel la fourmi travaillait ne produisait plus comme auparavant.
Il recruta le hibou, un consultant prestigieux et renommé, pour réaliser un audit et proposer des solutions.

Le hibou passa trois mois dans les bureaux et produisit un énorme rapport, en plusieurs volumes, qui concluait: “Il y a beaucoup trop de personnel dans cette entreprise...”

Devinez qui le lion licencia en premier?

La fourmi, bien sûr, parce qu’elle “faisait preuve d’un manque de motivation et avait une attitude conflictuelle".

Nota bene :

Les personnages de cette fable sont fictifs; toute ressemblance avec des personnes ou

des faits réels au sein de la Fonction publique ne pourrait être que pure coïncidence…

 
 
Publié par Réjean B. | octobre 7, 2010 10:28 PM

Félicitation pour cet article, Pierre. Comme tu as raison!

Plus le gouvernement promet de couper dans le gras, plus la machine engraisse...

Si le ministère de la santé (et plusieurs autres, j'imagine) était géré comme le ferait une compagnie privée la pyramide serait beaucoup moins haute, les acteurs beaucoup plus performants et le personnnel soignant et les patients en bien meilleure condition.

Il faudrait peur-être hopitaliser tout ce paquet de décideurs en même temps pendant un certain temps. Vivre la situation qu'ils ont créée alimenterait peut-être leur "recherche de solution".

J'adore la pensée de la semaine.

Salutation!

 
 
Publié par Sylvie Morin | octobre 8, 2010 10:24 PM

 

 

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À propos de Pier Dutil

Après des études collégiales au Séminaire de St-Georges et en sciences politiques à l'Université Laval, Pier Dutil entreprend sa carrière professionnelle dans le domaine du journalisme. De 1971 à 1977, il a été rédacteur-en-chef de divers hebdos, éditorialiste attitré à l'émission radiophonique «Commentaires» de Radio Canada et collaborateur à diverses émissions d'information et d'affaires publiques à la télévision de Radio Canada.

De 1977 à 2003, Pier occupe diverses fonctions reliées aux communications, au marketing et à la gestion au sein de plusieurs entreprises comme le Groupe Canam Manac, le quotidien Le Soleil, les consultants Soleil Communication et Québécor.

Pier Dutil a pris sa retraite après 22 années de service au sein du Groupe Canam Manac. Aujourd'hui, il siège au conseil d'administration d'entreprises manufacturières et d'organismes communautaires et sociaux.

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