Des allégations graves
Les propos de l’ex-ministre de la Justice, Marc Bellemare, ne peuvent être pris à la légère. Il affirme avoir subi des pressions de la part d’importants organisateurs libéraux, en avoir discuté avec le Premier ministre Charest qui lui aurait recommandé de donner suite aux volontés des organisateurs et avoir nommé trois juges suite à ces pressions.
Il dit également qu’un membre du personnel du bureau du Premier ministre, Denis Roy, est intervenu auprès de lui pour discuter d’un procès criminel.
Comme vous, je ne dispose d’aucune indication précise pour savoir si Marc Bellemare dit la vérité ou non. D’ailleurs, le témoin Bellemare a lui-même reconnu qu’il ne dispose d’aucuns documents, enregistrements, vidéos susceptibles de prouver ses assertions.
Cependant, je serais surpris que Marc Bellemare ait inventé tous les faits soumis devant la Commission. Si tel était le cas, il devrait abandonner la pratique du droit pour déménager à Hollywood où une brillante et lucrative carrière de scénariste l’attendrait.
Au cours des derniers mois, l’attitude de Marc Bellemare avait pu laisser des doutes dans nos esprits. Après avoir lancé ses propos accusateurs, il a tout fait pour éviter de témoigner devant le Directeur général des élections du Québec et devant la Commission Bastarache qu’il a qualifiée de «pièges à cons».
Il faut reconnaître que le témoin Bellemare joue gros dans toute cette affaire. Il fait déjà l’objet d’une poursuite de Jean Charest. De plus, s’il était prouvé qu’il a menti, sa carrière d’avocat serait sérieusement compromise. Tout cela m’incite à penser que Marc Bellemare n’est pas animé uniquement par un sentiment de vengeance à l’égard de Jean Charest.
De nombreuses dénégations
Avant même de se présenter devant la Commission Bastarache, le Premier ministre Charest a senti le besoin d’intervenir publiquement pour démentir les propos de Marc Bellemare.
En procédant ainsi, Jean Charest est allé à l’encontre de la procédure que le Commissaire Bastarache avait lui-même établie lorsqu’il a accepté le mandat de présider cette Commission. Il avait alors demandé à toutes les personnes appelées à témoigner de ne pas commenter les témoignages des autres, ce que n’a pas fait Jean Charest, discréditant ainsi les travaux de la Commission.
Lors des témoignages à venir de Jean Charest, d’organisateurs libéraux ou d’autres intervenants, il faut s’attendre à ce que tous ces témoins nient les allégations de Marc Bellemare et proclament leur innocence.
Autant Marc Bellemare que Jean Charest et tous les autres sont appelés à témoigner sous serment. C’est donc dire que, finalement, quelqu’un ment. Si l’on se fie aux sondages publiés dans divers médias, la population québécoise a déjà choisi son camp en faisant confiance, avant tout, aux propos de Marc Bellemare plutôt qu’à ceux de Jean Charest.
Grave discrédit
Lorsque tout cela sera terminé, on risque fort de ne pas avoir appris grand nouveau. Par contre, une chose est certaine, la classe politique subira une fois de plus un grave discrédit qui servira à accroître le profond dégoût de la population à l’égard de ses dirigeants politiques.
En créant cette commission d’enquête sur le seul processus de nomination des juges, Jean Charest voulait calmer la tempête qui soufflait sur son gouvernement et son parti, tempête qui touchait beaucoup plus le financement des partis politiques et l’attribution des contrats dans le monde de la construction.
En refusant d’enquêter sur le véritable sujet litigieux, Jean Charest a pris un risque sérieux. Aujourd’hui, sa réputation est à jamais ternie et la population ne lui fait plus confiance. Il ne faudrait pas l’enterrer trop vite, car la politique nous réserve parfois des rebondissements surprenants. Mais il n’en demeure pas moins que lui-même et son gouvernement ne jouissent plus de toute la légitimité dont ils auront besoin pour diriger le Québec dans les années à venir.
Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à celles et ceux qui suivent attentivement les travaux de la Commission Bastarache : «La vérité plaît tant qu’elle est agréable à entendre.»