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Le combat pour la survie des dépanneurs
 

Depuis plusieurs mois, l’Association canadienne des dépanneurs en alimentation mène une lutte contre la contrebande du tabac. Fait surprenant, on ne demande pas l’élimination totale de la contrebande, on souhaite la réduire à 10 % de la consommation totale de cigarettes, comme s’il y avait une marge tolérable.

On estime que les vendeurs illégaux occupent de 30 à 40 % du marché du tabac. La contrebande prive les dépanneurs de revenus importants et les gouvernements de millions de dollars en taxes.

Manque de courage
La semaine dernière, le député de Beauce-Sud et ministre du Revenu du Québec, Robert Dutil, disait vouloir poursuivre ses efforts pour enrayer la contrebande du tabac. Pour démontrer sa bonne volonté, le ministre Dutil fournissait plusieurs statistiques sur le nombre d’interventions réalisées, de saisies effectuées et d’amendes collectées. Malgré tous ces efforts, la contrebande du tabac ne cesse de croître.

Pourtant, nos dirigeants gouvernementaux et les forces policières savent très bien où sont fabriquées les cigarettes en question : sur les réserves indiennes. Mais, dès que l’on parle des réserves, tout le monde semble faire dans ses culottes.

Il serait pourtant facile de collecter les taxes à la base, directement chez les fabricants, comme on le fait pour les cigarettes légales. De plus, si on a la chienne pour intervenir sur les réserves, on pourrait au moins procéder à la saisie du produit dès qu’il sort des réserves.

Malheureusement, comme c’est souvent le cas dans le secteur public, tout ce qui fait appel au gros bon sens pour le commun des mortels devient impossible pour nos dirigeants politiques. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué.

Aucune vérification n’est effectuée sur la qualité des cigarettes fabriquées par les autochtones. Quels produits entrent dans leur fabrication? On s’en fout, même si cela a un effet néfaste sur la santé des fumeurs.

La voie facile
Pendant qu’on laisse le champ libre aux contrebandiers, malgré certaines interventions, nos dirigeants politiques multiplient les règlements et harcèlent les dépanneurs.

On leur tend des pièges en envoyant des jeunes qui ont l’air plus vieux que leur âge acheter des cigarettes pour vérifier si on va les «carter»; on exige qu’ils investissent des sommes importantes pour cacher les cigarettes afin que les clients ne puissent voir ce produit pourtant légal; on leur interdit de vendre des cigarettes et des cigarillos à l’unité et, bientôt, on leur interdira la vente des cigares à saveur.

Si les cigarettes, cigares et cigarillos sont des produits légaux, pouvant être vendus librement, pourquoi compliquer la vie de ceux qui en font le commerce en toute légalité? Plus on rend difficile la vente libre de ces produits, plus on en augmente le prix par le biais de taxes exagérées, plus on favorise le développement du marché de la contrebande. Ça ne prend pas un doctorat pour comprendre cela!

Pas facile la vie de dépanneur
Il y a quelques années, la vie de dépanneurs présentait plusieurs avantages. Les heures de travail étaient longues, mais la rentabilité était au rendez-vous.

Aujourd’hui, certains produits vedettes des dépanneurs, la bière et les cigarettes, sont à ce point réglementés ou concentrés entre les mains de rares fournisseurs que les marges de profit sont réduites à néant. De plus, en permettant aux épiceries d’ouvrir leurs portes de 8 h 00 à 22 h 00 sept jours sur sept, les dépanneurs voient encore leur marché réduit.

D’accord, il leur reste encore le marché des billets de loteries, mais, là aussi, Loto-Québec force ses revendeurs à acheter la gamme complète de ses produits et à payer comptant. Le commerçant n’a pas le choix de n’acheter que les loteries les plus populaires, c’est tout ou rien.

Lorsque l’on analyse la situation, on se demande pourquoi nos dirigeants politiques s’acharnent ainsi sur cette catégorie de petits commerçants qui sont devenus des percepteurs de taxes, alors que l’on refuse de frapper à la source même du marché du tabac de contrebande.

Quand on manque de courage, il est toujours plus facile de s’attaquer aux petits et de laisser courir les gros.

Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine aux responsables de la lutte aux cigarettes de contrebande : «Les choses changent quand elles sont mûres, mais elles mûrissent plus vite quand on les éclaire.» Pierre Foglia, La Presse.

 
 
Lien permanent | Commentaires (0) | Publié le juin 15, 2010 11:52 PM

 

 

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À propos de Pier Dutil

Après des études collégiales au Séminaire de St-Georges et en sciences politiques à l'Université Laval, Pier Dutil entreprend sa carrière professionnelle dans le domaine du journalisme. De 1971 à 1977, il a été rédacteur-en-chef de divers hebdos, éditorialiste attitré à l'émission radiophonique «Commentaires» de Radio Canada et collaborateur à diverses émissions d'information et d'affaires publiques à la télévision de Radio Canada.

De 1977 à 2003, Pier occupe diverses fonctions reliées aux communications, au marketing et à la gestion au sein de plusieurs entreprises comme le Groupe Canam Manac, le quotidien Le Soleil, les consultants Soleil Communication et Québécor.

Pier Dutil a pris sa retraite après 22 années de service au sein du Groupe Canam Manac. Aujourd'hui, il siège au conseil d'administration d'entreprises manufacturières et d'organismes communautaires et sociaux.

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