On partait de loin
Pour bien comprendre l’importance de cet événement, il importe de rappeler que, dans les années 1950, Maurice Duplessis et ses Unionistes régnaient en maîtres absolus sur le Québec, en toute complicité avec l’Église catholique de l’époque qui était omniprésente.
C’était également une période de grande prospérité suite à la fin de la deuxième guerre mondiale. Au Québec, cette décennie a coïncidé avec un important «baby boom» qui a provoqué une grande croissance de la population.
Les Libéraux sont parvenus à former ce que l’on appelait alors «l’équipe du tonnerre» avec des candidats vedettes comme, René Lévesque, Paul Gérin-Lajoie et Georges-Émile Lapalme.
L’arrivée au pouvoir de cette nouvelle génération de politiciens a été l’amorce de réformes importantes dans tous les secteurs d’activités. On tirait partout : création des ministères de l’Éducation, des Affaires culturelles, des Affaires intergouvernementales, nationalisation des compagnies privées d’électricité, etc.
Même après la défaite surprise des Libéraux en 1966 et le retour au pouvoir de l’Union nationale, le vent du changement continue de souffler. On assiste à la création de la Régie des Rentes, de la Caisse de Dépôt et Placement, de la Société générale de financement, de Loto-Québec. C’est à cette époque également que l’on entreprend le développement des ressources hydro-électriques du Québec. L’Expo internationale de Montréal en 1967 contribue à ouvrir nos yeux sur le monde.
Un peu plus tard, le régime universel d’assurance-santé fait son apparition, le français est proclamé langue officielle du Québec, le financement des partis politiques devient l’affaire des citoyens, on adopte la charte de la langue française, le zonage agricole, le régime d’épargne action (REA) et une foule d’autres mesures qui ont fait du Québec ce que nous sommes aujourd’hui.
L’appellation Québécois succède à celle de Canadien-français, le Parti Québécois fait son apparition et prendra même le pouvoir en 1976. Nous avons également connu une période tourmentée à l’automne 1970, la Crise d’Octobre, qui a coûté la vie à un ministre, Pierre Laporte.
Au cours des décennies qui ont suivi, nous avons vu apparaître de nouvelles mesures sociales comme l’assurance-médicaments, les garderies à 7 $, les congés parentaux. On est passé d’un gouvernement peu interventionniste à un gouvernement omniprésent.
En moins de 20 ans, le Québec a vécu une véritable révolution marquée par des changements profonds que d’autres pays ont mis près d’un siècle à adopter.
Le Québec Inc.
En 1960, les francophones étaient absents des postes de commande et à peine 10 % des entreprises manufacturières appartenaient à des Québécois, comme c’était le cas pour Vachon. Lentement, mais sûrement, des gens d’ici ont créé des entreprises qui sont aujourd’hui des fleurons de notre économie et qui rayonnent un peu partout sur la planète : Bombardier, SNC Lavalin, Cascades, Groupe Canam, CGI,Cirque du Soleil en sont des exemples.
Même les centrales syndicales ont décidé de s’impliquer dans le développement d’entreprises québécoises en créant le Fonds de Solidarité de la FTQ et Fondaction de la CSN, ce qui représentait une véritable révolution.
Tourné vers l’avenir
Toutes ces réformes n’ont pas eu que des impacts positifs. On est allé trop loin dans certains secteurs et pas assez dans d’autres. Ceux qui ne bougent pas ne font jamais d’erreurs.
Aujourd’hui, le Québec peut compter sur une population plus instruite, sur des travailleurs mieux rémunérés, sur des gens d’affaires plus aguerris et sur une jeunesse plus ouverte sur le monde.
Après 50 ans, certains éléments du modèle québécois devraient être adaptés à la réalité du 21e siècle. J’ose espérer que les jeunes n’hésiteront pas à prendre la relève et à adapter ce modèle pour qu’il réponde à leur vision du Québec de demain.
Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine aux jeunes de la relève qui sont sur le point de prendre les commandes de notre société : «Je ne veux pas que les jeunes qui me côtoient me ressemblent. Je veux plutôt qu’ils se réalisent à partir de leur propre personnalité.» Michel Dallaire, designer.