Des cas lourds
Même si les politiciens ont droit à la présomption d’innocence tant et aussi longtemps que l’on n’a pas prouvé leur implication dans une malversation quelconque, la situation actuelle nous porte à réfléchir.
Est-ce le fruit du hasard si trois ministres du Gouvernement Charest, Julie Boulet, Michelle Courchesne et Norman MacMillan, déclarent qu’il est normal que les entreprises puissent contribuer au financement des partis politiques au Québec, alors que la loi l’interdit?
Est-ce normal que six membres de l’association libérale du comté du député Tony Tomassi se voient attribuer des places en garderies subventionnées? Est-ce normal qu’un Premier ministre reçoive annuellement une contribution de 75 000 $ de son parti en plus de ses revenus de 183 000 $ déjà versés par l’État?
Depuis le début de l’année, le Directeur général des élections (DGE) du Québec a ouvert des enquêtes sur de nombreux cas de financement dans des comtés libéraux et a exigé de 123 citoyens qu’ils confirment être les vrais donateurs de montants s’approchant de la limite permise de 3 000 $. Une vingtaine de ces citoyens n’ont toujours pas répondu à la demande du DGE. On peut se permettre d’avoir un petit doute quand on apprend qu’une réceptionniste a versé une contribution de 3 000 $, surtout que cette réceptionniste est à l’emploi d’une entreprise qui obtient des contrats du Gouvernement.
Ces cas récents s’ajoutent aux allégations d’irrégularités dans le processus d’attribution des contrats gouvernementaux, ce qui fait en sorte que les coûts de construction des infrastructures québécoises sont jusqu’à 35 % plus élevés que partout ailleurs en Amérique du Nord.
Tout le monde semble se servir à deux mains dans l’auge de l’État pendant que les contribuables se font plumer de tous les côtés à la fois.
Même si le Premier ministre Charest continue à s’y opposer, il semble de plus en plus évident qu’une enquête publique portant sur le financement des partis politiques sera l’unique moyen de faire la lumière sur toute cette affaire.
Un financement public
Quand je réfléchis à la situation actuelle, j’en viens à penser que la véritable solution réside dans un financement public des partis politiques. Toutes les contributions en provenance des entreprises et des individus seraient alors interdites.
À chaque année, le DGE attribuerait, à chacun des partis politiques officiellement reconnus, un montant représentant, à titre d’exemple, 1 $ par vote obtenu lors de la dernière campagne électorale. C’est à partir de ce montant que les partis politiques assureraient le financement de leurs activités annuelles.
Ainsi, chaque parti aurait avantage à recueillir le plus de votes possible et à favoriser la participation des électeurs, car chaque vote rapportera 1 $. Les partis politiques n’auraient plus à compter sur les contributions financières de gens à qui ils risquent d’être redevables.
En faisant du financement public la seule source de revenus pour les partis politiques, cela donne un pouvoir important aux contribuables. En effet, si nous sommes écoeurés de l’attitude des politiciens, on n’a qu’à ne pas voter lors d’une élection, ce qui réduira d’autant le financement des partis politiques.
Le message envoyé aux politiciens serait alors clair : si vous souhaitez bénéficier d’un budget suffisant, assurez-vous de me présenter un programme assez intéressant pour me convaincre d’aller voter. En retour, les politiciens élus ne seraient plus redevables à quelques gros donateurs ou collecteurs de fonds qui aiment bien faire des pressions sur eux après les élections pour obtenir un retour d’ascenseur.
Ce serait une étape importante vers le retour à l’essence même de la démocratie, soit le gouvernement au service du peuple. Il est toujours permis de rêver, n’est-ce pas?
Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à celles et ceux qui font preuve de cynisme à l’égard des politiciens : «Si tu me trompes une fois, honte à toi. Si tu me trompes une deuxième fois, honte à moi.» Dicton écossais.