Ce qu’il faut pour vivre
Aux yeux du public, les fonctionnaires sont de gros bébés gâtés qui bénéficient de conditions de travail en or et qui ne font rien de leurs journées. Ils ne méritent donc pas d’augmentations salariales et l’on devrait en mettre la moitié à la porte. Voilà qui serait vite réglé. Mais, dans la vraie vie, ce n’est pas toujours aussi simple.
Si l’on accepte qu’un bon plombier au hockey gagne 2 M $ par saison pour être en état de production un peu plus de 33 heures par année (100 parties X 20 minutes); si l’on accepte que notre Premier ministre, Jean Charest, ne puisse survivre avec des revenus de 183 000 $ par année et que son parti doive lui fournir un surplus annuel de 75 000 $ parce, selon M, Charest : «Il faut ce qu’il faut pour vivre»; alors ne rechignons pas sur les salaires de nos employés de l’état.
Au Québec, il y a 538 447 employés dans l’ensemble des services publics. Ce sont les fonctionnaires qui oeuvrent au sein des divers ministères (cadres, professionnels, cols bleus, etc.), les employés du système scolaire (enseignants, professionnels, direction des écoles, personnel de soutien, etc.), le personnel de la santé (professionnels, infirmières, personnel de soutien, cols bleus, etc.) et plusieurs autres.
Lorsque l’on parle de rémunération des employés de l’état, les comparaisons sont souvent boiteuses et c’est pourquoi, selon les études, on conclut qu’ils sont mieux ou moins bien payés que dans le privé. La conclusion dépend souvent de ceux qui ont payé l’études en question.
Chose certaine lorsque l’on parle des conditions de travail des employés de l’état, il ne faut pas considérer seulement le salaire. Si les salaires de la fonction publique ne sont pas exagérés, il faut cependant considérer les bénéfices marginaux : vacances, congés de maladie, régime de retraite et la fameuse sécurité d’emploi. Qu’on veuille l’admettre ou non, les employés de l’état sont très largement favorisés à ce chapitre. J’en veux comme preuve que bien peu d’entre eux quitte le secteur public pour aller travailler dans le privé.
La vraie question
Personnellement, ce n’est pas le salaire des employés du secteur public qui me préoccupe, mais plutôt leur tâche de travail.
L’un de mes anciens patrons m’avait expliqué, le moment venu d’embaucher des employés dans le département que je dirigeais : embauche le meilleur, donne lui un bon salaire et de bons outils et, une fois cela acquis, exige qu’il fournisse un bon rendement. S’il n’est pas à la hauteur, n’hésite pas à le remplacer par un meilleur que tu n’auras pas de difficulté à recruter parce que tu le traites bien.
Voilà ce que nous enseigne le gros bon sens!
Malheureusement, les employés du public doivent se contenter d’appliquer des normes pondues par quelques hauts fonctionnaires dans leur tour d’ivoire. On embauche donc de bons exécutants qui ne doivent pas faire l’effort de penser. On se prive souvent ainsi de bons éléments.
De plus, au lieu d’ajouter des employés à la base, là où les citoyens ont besoin de services, on préfère multiplier les niveaux hiérarchiques qui, bien souvent, n’ajoutent rien à la qualité des services rendus à la population.
Si l’on évitait les nombreux dédoublements de services, si l’on éliminait les niveaux hiérarchiques inutiles, si l’on responsabilisait les employés de l’état et qu’on leur donnait une marge de manœuvre, notre fonction publique serait beaucoup plus efficace, elle coûterait moins cher et l’on pourrait mieux la rémunérer sans que les citoyens se sentent floués.
Malheureusement, le gros bon sens ne semble pas exister au gouvernement du Québec.
Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine aux négociateurs syndicaux et gouvernementaux : «Ceux qui vivent au présent ou qui fixent le rétroviseur passeront assurément à côté du futur.» John F. Kennedy