La culture du silence
Ce qui me renverse dans toute cette affaire, ce n’est pas qu’il y ait eu des cas de pédophilie au sein du clergé. Comme tout autre personne, le prêtre est un humain exposé à l’imperfection. Son crime de pédophilie n’est pas pire que celui d’un autre, mais il n’est pas moins grave non plus.
Personnellement, en tant que chrétien, je suis scandalisé par la position de l’Église qui, depuis des décennies, connaissant bel et bien l’existence de tels cas de pédophilie, a adopté la culture du silence.
Au lieu de dénoncer ces prêtres déviants, au lieu de leur retirer leur statut de prêtre, au lieu de les livrer à la Justice, au lieu de compatir avec les victimes, l’Église catholique romaine a sciemment choisi de fermer les yeux, de simplement déplacer le problème en transférant les prêtres coupables dans une autre paroisse ou un autre diocèse pour qu’ils puissent, en toute impunité, agrandir leur territoire de prédateurs sexuels.
Face à cette attitude, j’utilise les mots du Cardinal de Montréal, Jean-Claude Turcotte qui, commentant les récents événements, déclarait que cela était : «…inacceptable et inexcusable.»
Un peu d’humilité
Comme si les vieux bonzes de l’Église n’avaient encore rien compris, ils ont préféré réagir en tirant sur les messagers, reprochant aux médias d’étaler ces cas et invoquant même la théorie du complot contre le Pape et l’Église.
On ne devrait pas être surpris de la révélation de tous ces cas, car plusieurs étaient déjà connus des plus hautes instances de l’Église. De nombreux documents circulant au sein même de l’institution en fournissent des preuves irréfutables.
Au lieu de crier à la persécution, les dirigeants de l’Église catholique devraient faire preuve d’un peu d’humilité, penser aux victimes et présenter un plan de mesures précises expliquant aux fidèles quelle sera l’attitude officielle de la vénérable (?) institution lorsque surviendront des cas similaires, car, malheureusement, il y en aura d’autres.
Faire la différence
Même si les cas de pédophilie impliquant des prêtres sont déjà trop nombreux, il ne faudrait pas que nous tombions dans le piège de la généralisation en soupçonnant tous les membres du clergé d’être des pédophiles potentiels.
Au cours de ma vie, j’ai été en contact avec de nombreux prêtres. À l’époque de ma jeunesse, dans les années 50 et 60, l’Église était omniprésente au Québec. Les écoles et les hôpitaux étaient dirigés par des frères ou des religieuses.
Lorsque j’ai fréquenté le petit Séminaire de Saint-Georges, la presque totalité de nos professeurs étaient des prêtres. Nous devions même avoir un directeur spirituel que nous rencontrions à toutes les deux semaines. Le mien, après avoir compris qu’il ne servait à rien de tenter de me convaincre que la masturbation était un péché, me parlait plus souvent de hockey que de spiritualité.
Parmi tous ces prêtres que j’ai côtoyés, aucun n’a tenté quoi que ce soit sur ma personne. J’en viens donc à la conclusion que, au sein du clergé comme dans tout autre profession, la grande majorité des membres sont d’honnêtes personnes qui, malgré leurs imperfections, accomplissent un travail admirable. Il ne faudrait pas oublier que, présentement, eux aussi souffrent de la situation actuelle.
Sachons différencier l’ivraie du bon grain, tout en souhaitant que les coupables aient le châtiment qu’ils méritent. Personnellement, j’ai appris à faire la différence entre la Foi et la religion. La seconde est une création des hommes pour exercer un pouvoir, sans plus.
Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à tous les catholiques déçus par les récentes révélations de cas de pédophilie dans l’Église : «Vous pouvez vous désoler que les roses ont des épines, mais vous pouvez aussi vous réjouir que les épines ont des roses.» Tom Wilson