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Ça ne sent pas bon
 

L’actualité politique québécoise réjouit probablement le monde de l’information qui s’en donne à cœur joie avec des manchettes plus incendiaires les unes que les autres, mais le citoyen québécois, de son côté, ne peut que s’attrister devant un spectacle aussi pitoyable.

Qui dit vrai?
Les propos incendiaires de l’ex-ministre de la Justice, Marc Bellemare, ont jeté une douche froide sur le gouvernement québécois et le parti libéral. Dans ses allégations, Monsieur Bellemare attaque directement la légitimité du Premier ministre Charest.

Personnellement, je ne suis pas en mesure de dire qui dit vrai dans toute cette affaire. Une chose est certaine : il y a un menteur parmi eux.

Quand j’observe le tout, mon premier réflexe est de me demander qu’est-ce qui pousse Marc Bellemare à se livrer à de telles déclarations présentement. L’ex- ministre joue gros dans ce dossier. Ces affirmations sont graves et, s’il advenait que le tout soit le résultat d’une simple vengeance, la réputation de Monsieur Bellemare serait ternie à jamais et sa carrière de juriste prendrait fin abruptement. Pour avancer des propos comme il le fait, Marc Bellemare doit avoir des preuves irréfutables qu’il sera en mesure de dévoiler devant une commission d’enquête.

En s’attaquant au Premier ministre lui-même et en remettant en cause le processus de nomination des juges, Marc Bellemare s’attaque à de grosses pointures. Étant lui-même avocat, il connaît les tenants et aboutissants qui pourraient en résulter.

De son côté, Jean Charest nie toutes les allégations de son ex-collègue. Admettez avec moi qu’il n’a pas d’autre choix et que, comme le veut le système judiciaire qui prévaut au Québec, Monsieur Charest a droit à la présomption d’innocence.

Malheureusement pour lui, les politiciens ont toujours le fardeau de la preuve.

Faire la lumière
Tant et aussi longtemps que Marc Bellemare était seul à faire des allégations voulant que d’importants organisateurs ou donateurs à la caisse libérale interviennent dans la nomination des juges ou dans l’élaboration de certains projets de loi, je me disais que l’on assistait à une bataille entre deux hommes.

Mais, de jour en jour, de nouveaux faits s’ajoutent. Un important organisateur libéral et père d’un avocat reconnaît avoir parlé à son député pour l’informer que son fils était sur la liste des candidats à un poste de juge; le député en question admet en avoir discuté avec le ministre de la Justice et, comme par magie, le fils avocat est nommé juge.

Un autre organisateur et collecteur de fonds pour le parti libéral dit qu’il a été consulté pour la nomination d’un important fonctionnaire qui, dans le cadre de son emploi, sera appelé à intervenir dans diverses nominations.

Même s’ils nient leur influence, ces organisateurs reconnaissent bel et bien être intervenu auprès des dirigeants politiques.

Les allégations de Marc Bellemare et les commentaires de certains organisateurs ont un point en commun : le financement du parti libéral du Québec.

Cela s’ajoute aux révélations faites au cours des six derniers mois dans le monde de la construction. Si Jean Charest n’a toujours pas jugé nécessaire de mettre en place une commission d’enquête sur l’ensemble du financement des partis politiques malgré les déclarations de nombreux intervenants, il aura suffi qu’un seul homme, Marc Bellemare, déclare avoir été victime de pressions pour la nomination de certains juges pour que le même Jean Charest décide subitement de mettre en place une enquête publique portant uniquement sur le processus de nomination des juges. Comme si tout le reste des allégations ayant trait au financement des partis politiques, à la connivence dans les appels d’offres, aux menaces de certains syndicats sur les chantiers de construction n’avaient plus aucune importance. Dans ces cas, le Premier ministre dit se fier à la police pour faire la lumière.

Voilà un bel exemple de la théorie des deux poids, deux mesures. À jouer dans le caca, tout le monde finit pas sentir mauvais. Il faudrait mieux s’assurer de faire un vrai ménage, mais cela demande un minimum de courage, une denrée rare chez Jean Charest.

Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à tous les intervenants dans la crise de confiance qui mine actuellement le Gouvernement québécois : «Tu es toujours maître de la parole que tu n’as pas dite, mais la parole que tu as dite est ton maître.» Proverbe égyptien.

 
 
Lien permanent | Commentaires (1) | Publié le avril 21, 2010 1:48 PM

Bonjour Pierre,

Tu décris bien ce que plusieurs pensent.
Marc Bellemare qui attaque Jean Charest car personnellement , je vois ça ainsi.
Ce faisant , l'enquête nous donnera quoi ?
Parole non dite ou parole dite?
Ce proberbe porte à réflexion.
L 'ex Ministre Cournoyer aux nouvelles de Radio-Canada faisait le commentaire suivant concernant les finances du Québec .
Vaut mieux se taire et parler après , car si personne soulève le doute on se tait.
Mon exemple peut être non adéquat mais parfois le silence est d'or et la parole est d'argent.
Dans cette confrontation , j,y vois des règlements de compte .

 
 
Publié par Thibaudeau Claire | avril 22, 2010 8:14 AM

 

 

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À propos de Pier Dutil

Après des études collégiales au Séminaire de St-Georges et en sciences politiques à l'Université Laval, Pier Dutil entreprend sa carrière professionnelle dans le domaine du journalisme. De 1971 à 1977, il a été rédacteur-en-chef de divers hebdos, éditorialiste attitré à l'émission radiophonique «Commentaires» de Radio Canada et collaborateur à diverses émissions d'information et d'affaires publiques à la télévision de Radio Canada.

De 1977 à 2003, Pier occupe diverses fonctions reliées aux communications, au marketing et à la gestion au sein de plusieurs entreprises comme le Groupe Canam Manac, le quotidien Le Soleil, les consultants Soleil Communication et Québécor.

Pier Dutil a pris sa retraite après 22 années de service au sein du Groupe Canam Manac. Aujourd'hui, il siège au conseil d'administration d'entreprises manufacturières et d'organismes communautaires et sociaux.

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