Grand voyageur
À vous voir aller depuis quelques mois, vous avez l’air d’un nouvel abonné à un programme Air Miles. On vous a vu en Russie, à Copenhague, en Inde, à Davos, à Washington, à New York et à Vancouver.
Vous voulez négocier un accord de libre-échange avec l’Europe comme si vous étiez Premier ministre d’un pays. Même si le Québec est le 5e état du monde le plus endetté, vous vous dites prêt à investir sur le territoire américain pour amener un TGV jusqu’à Montréal.
Vous entretenez des querelles futiles avec Ottawa comme même les Péquistes n’ont pas su le faire dans le passé. Parfois, je me demande si vous ne vous préparez pas à séparer le Québec pour réaliser un de vos vieux rêves : devenir Premier ministre d’un pays.
Et pendant ce temps-là?
Pendant vos pérégrinations un peu partout sur la planète, j’aimerais vous informer qu’il se passe des choses étranges au Québec.
Dernièrement, deux de vos concitoyens ont perdu la vie parce que notre système de santé n’a pas suffi à la tâche et un troisième a été sauvé de justesse. Un malade cardiaque, dont l’état urgent requérait une intervention depuis septembre dernier, est décédé avant d’avoir été opéré. Une vieille dame souffrant d’Alzheimer, qui ne recevait pas des soins adéquats dans un corridor d’hôpital, s’est éteinte. Un autre patient, avec des troubles cardiaques, a vu son intervention chirurgicale reportée 10 fois en 10 jours.
Ces trois cas, abondamment médiatisés, ne sont malheureusement pas uniques. Et cela, Monsieur Charest, se passe au Québec en 2010, pas dans une quelconque brousse africaine.
Auriez-vous oublié, Monsieur Charest, que lors de la campagne électorale de 2003, vous aviez promis de régler le problème des listes d’attente au Québec en quelques semaines seulement. Depuis, en 2005, la Cour suprême du Canada concluait un jugement par ces mots lourds de signification : «Le droit à la vie et à la sécurité des Québécois est mis en danger par les listes d’attente.»
Fort en gueule comme vous, votre ministre de la santé, Yves Bolduc, disait s’inspirer de la méthode Toyota pour améliorer la productivité dans les hôpitaux du Québec. Demandez lui donc de vérifier si nos hôpitaux ne feraient pas partie d’un programme de rappel de Toyota?
Les rumeurs laissent entendre que vous vous préparez à quitter le véhicule d’ici peu. Si c’est le cas, serait-ce trop vous demander, pendant que vous avez encore les deux mains sur le volant, de vous préoccuper de ce qui se passe au Québec.
Alors que notre système de santé craque de partout, que nos infrastructures tombent en ruine, que nos élèves abandonnent l’école, que nos vieillards doivent s’en remettre à des clowns pour se divertir dans les foyers, que les handicapés comptant sur un chien pour leurs déplacements voient leur minuscule aide financière coupée, vous vous baladez sur la planète, distribuant les sourires et les poignées de main aux grands de ce monde. Je comprends que cela est pas mal plus intéressant que de se préoccuper des problèmes de vos concitoyens, mais ce sont ces derniers qui vous ont élu et qui ont cru en vous.
Monsieur Charest, il me semble que le temps serait venu pour vous de passer à l’action et de consacrer un peu de temps aux tâches que nous vous avons confiées.
À moins que vous ayez complètement perdu le contrôle de votre véhicule? Alors le temps serait peut-être venu de changer de conducteur.
Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à notre très honorable Premier ministre, Jean Charest : «Les problèmes ralentissent l’action, ils ne l’arrêtent pas.» Robert J. Deluce, PDG Porter Airlines.