Mise en situation
Dans son exposé d’ouverture, le Premier ministre Jean Charest a posé deux questions principales aux participants : «À court terme, quels gestes doivent être posés pour que le Québec profite pleinement de la reprise? Comment pouvons-nous placer le Québec sur la voie d’une prospérité durable pour les 10 ou 20 prochaines années?»
D’abord, il y a lieu de se réjouir du fait que, pour une fois, on pense à long terme. Ce n’est pas habituel chez les politiciens. Par contre, le Premier ministre refusait d’aborder la question des finances publiques actuelles qui sont dans un état pitoyable. Si l’on veut savoir où l’on va, il me semble tout à fait nécessaire de savoir d’où l’on part.
De plus, on organise une réunion pour parler de l’avenir et l’on n’invite pas les jeunes. C’est eux qui seront aux commandes dans 10 ou 20 ans. Il me semble qu’il aurait été normal de leur faire une petite place.
Enfin, on a déplacé tous ces leaders pour une discussion qui n’aura duré que quatre heures. Ce n’est pas tellement productif. Pourquoi ne pas avoir profité de la présence de ces gens pour mener une bonne discussion de fond?
Quels seront les résultats?
Qu’est-il ressorti de ces échanges? À vous de juger. Les participants ont convenu que, pour créer de la richesse au Québec, il fallait prioriser l’éducation, la formation continue, la productivité, l’entrepreneuriat, les exportations, les technologies vertes. Avait-on besoin de réunir tout ce beau monde pour en arriver à de telles évidences? Permettez-moi d’en douter.
Malgré cela, je ne suis pas prêt à conclure que cette rencontre à été inutile. Le simple fait de réunir ces dirigeants dans une même salle et de les amener à dégager des pistes d’orientation communes sur notre avenir est fort valable.
Le gouvernement du Québec ne manque pas de rapports d’études ou de commissions qui lui ont déjà suggéré des moyens d’améliorer notre situation, mais qui ne servent qu’à amasser de la poussière sur des tablettes.
Organiser une réunion et faire des recommandations, rien n’est plus facile. C’est dans le suivi que l’on peut mesurer la vraie volonté des dirigeants politiques. À l’issue de la rencontre de Lévis, le Premier ministre a déclaré qu’il mettrait en place six comités ministériels qui auraient la responsabilité d’assurer le suivi des priorités adoptées.
C’est précisément à ce niveau que je crains de voir toutes ces belles intentions tomber dans l’oubli lorsque le moment viendra de préparer le futur budget.
J’aurais été beaucoup plus confiant si, à l’issue de la rencontre, Jean Charest nous avait clairement indiqué quelle serait la suite de cette consultation. Lorsque l’on réunit des gens autour d’une table pour parler d’avenir, peu importe les décisions prises, la logique veut que l’on finisse par établir clairement qui aura la responsabilité de faire quoi à l’intérieur d’un délai précis. Cela se résume à répondre avec précision aux questions suivantes : qui fait quoi, quand?
Si l’on sort d’une réunion sans avoir confié à quelqu’un en particulier la responsabilité d’accomplir un mandat précis dans un délai tout aussi précis, tout le monde s’en lavera les mains et, ultérieurement, on ne pourra que constater que rien n’a changé. Chacun des participants s’excusera sur le dos des autres pour justifier son inaction. C’est du déjà-vu.
Si le gouvernement du Québec est réellement sérieux dans cette démarche, il devrait identifier dès maintenant les porteurs des gestes à poser pour s’assurer que toutes ces belles intentions se concrétiseront.
Au cours des prochains mois, les dirigeants politiques devront faire preuve de courage, d’audace et de détermination pour adopter des mesures pas très populaires, mais nécessaires si l’on se préoccupe réellement de l’avenir de notre population. Si l’on refuse de toucher à nos vaches sacrées et que l’on continue à fouiller de plus en plus profondément dans les poches des contribuables, la rencontre de Lévis aura été inutile.
Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à nos dirigeants politiques : «La définition de la folie, c’est de toujours répéter la même chose en espérant des résultats différents.» Einstein