Stephen Harper n’a même pas eu le courage de faire lui-même cette annonce; il a laissé cette sale besogne à l’un se ses sous-fifres, démontrant ainsi son non-respect à l’égard des institutions parlementaires canadiennes et des contribuables. En un an seulement, c’est la deuxième fois que Stephen Harper ferme le Parlement parce qu’il se sent menacé.
Même si les partis d’opposition sont rapidement montés aux barricades pour dénoncer cette attitude, les Libéraux ne sont pas sans taches. Dans l’histoire parlementaire, plusieurs Premiers ministres, tant libéraux que conservateurs, ont abusé de leur pouvoir de proroger le Parlement afin de se sortir d’une impasse. Malheureusement, Stephen Harper n’est pas le premier à agir ainsi et il ne sera pas le dernier.
Retour à la base
Depuis les premiers jours de son existence, le Canada est une démocratie. Les philosophes qui ont mis au point les principes de base d’une démocratie voulaient que ce soit un régime de gouvernement par le peuple et pour le peuple.
Afin d’éviter les débordements, les penseurs de la démocratie avaient eu la sagesse de séparer les pouvoirs en trois branches : l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Le rôle de chacun est clair. Comme le dit son nom, l’exécutif a la responsabilité de s’assurer que l’on exécute les lois et règlements. Pour sa part, le législatif rédige et adopte les lois et règlements. Enfin, le judiciaire doit s’assurer que les lois sont conformes à la Constitution et que l’on respecte leur application. Cela peut sembler théorique, mais nous parlons ici de notions de base d’un régime politique qui guide notre pays depuis plus de cent ans et qui a fait ses preuves ailleurs dans le monde depuis des siècles.
Au Canada, le pouvoir exécutif se retrouve entre les mains du Cabinet et du Premier ministre, le pouvoir législatif est assumé par les députés et les sénateurs qui siègent à la Chambre des Communes et au Sénat et le judiciaire est l’affaire de la Cour suprême.
Lorsque nous votons, nous procédons au choix des députés à qui nous confions la responsabilité de nous représenter au Parlement. Lorsqu’un Premier ministre décide de fermer le Parlement, c’est à l’ensemble de la population qu’il fait injure. C’est comme s’il disait aux contribuables qu’en tant que membre de l’exécutif, il a décidé de ne plus tenir compte des gens que nous avons élus pour nous représenter.
Dans l’eau chaude
Même si Stephen Harper invoque la situation économique actuelle et la tenue des Jeux olympiques d’hiver à Vancouver pour proroger les travaux parlementaires, tout le monde aura compris qu’il s’agit là de fausses excuses.
En fermant le Parlement, Stephen Harper veut enlever le droit de parole aux partis d’opposition qui le malmènent dans certains dossiers où divers ministres et le Premier ministre lui-même sont dans l’eau chaude.
Monsieur Harper en est à sa deuxième prorogation en un an. On se rappelle tous qu’il avait fait de même en décembre 2008, alors que les Libéraux et le NPD avaient créé une coalition, appuyée par le Bloc québécois et qu’il y avait danger d’un renversement de gouvernement pour les Conservateurs minoritaires. En moins de deux, Stephen Harper avait fermé le Parlement.
C’est à se demander si le chef Conservateur bafouera ainsi le processus démocratique à chaque fois qu’il sentira la soupe chaude. Voguant sur la faiblesse de l’opposition libérale dirigée fort maladroitement par Michael Ignatieff, le Premier ministre canadien joue dangereusement avec les principes de base d’une démocratie moderne.
En adoptant une telle attitude, Stephen Harper me fait peur et je dois reconnaître que je suis bien heureux qu’il soit à la tête d’un gouvernement minoritaire. S’il n’hésite pas à mépriser aussi souvent le processus parlementaire alors qu’il dirige un gouvernement minoritaire, je craindrais réellement de le voir à la tête d’un gouvernement majoritaire.
Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à nos dirigeants politiques fédéraux : «Tous les ans, il y a de plus en plus de cons, mais, cette année, je crois que les cons de l’année prochaine sont déjà là.»