Un vrai bordel
Ce rapport fait état de nombreux cas d’attribution de contrats sans appels d’offres, de fausses urgences invoquées pour justifier l’attribution de contrats, de dépassements de coûts injustifiés et, la cerise sur le «sundae», la décision de responsables au ministère de ne pas transmettre à la Sûreté du Québec des renseignements obtenus en 2004 et prouvant qu’il y avait eu collusion entre des entrepreneurs pour faire monter les prix des contrats de déneigement.
Qu’est-ce que la ministre des Transports, Julie Boulet, a trouvé à dire après cet étalage d’irrégularités? «Je n’étais pas au courant.» Ou bien Madame Boulet ne dit pas la vérité ou bien elle fait preuve d’incompétence, démontrant qu’elle n’a aucun contrôle sur ce qui se passe au sein du ministère dont elle a la responsabilité.
Les impacts pour les Québécois sont importants : nous payons jusqu’à 30 % de plus que partout ailleurs au Canada et aux Etats-Unis pour nos infrastructures routières, on n’en a pas pour notre argent, car la qualité des travaux exécutés laisse à désirer et les responsables ne sont pas identifiés et punis. N’est-ce pas édifiant?
Une enquête publique
Pour tenter de voir clair dans ce gâchis et pour apporter des correctifs, l’unanimité est faite au Québec : une enquête publique s’avère nécessaire.
La population souhaite la tenue d’une enquête publique. Dernièrement, le Syndicat des policiers de la SQ, l’Association des procureurs de la Couronne, les maires de Montréal et de Québec, l’Ordre des Ingénieurs, la Présidente de la CSN et le Président de la FTQ et bien d’autres ont ajouté leur voix et réclamé la tenue d’une enquête publique.
Pendant ce temps, notre honorable Premier ministre, Jean Charest, refuse de tenir une telle enquête, prétextant que cela nuirait aux enquêtes policières, cela même si les policiers affirment le contraire.
Dans son refus obstiné, le Premier ministre a la chance de pouvoir compter sur un appui de taille, celui du Président de la FTQ Construction, Richard Goyette. C’est comme si le ministre de la Justice s’appuyait sur le leader des Hells Angels pour refuser de tenir une enquête sur le crime organisé.
Il est à se demander s’il s’agit du même Jean Charest qui, suite à sa réélection en décembre 2008, déclarait qu’il avait compris le message et que, désormais, il serait à l’écoute de la population. De plus, lors du discours inaugural, Jean Charest s’est engagé à ce que le gouvernement libéral soit : «…tous les jours le gouvernement de tous les Québécois.»
Monsieur Charest, le moment est venu de respecter vos engagements.
Noyer le poisson
Présentement, le gouvernement libéral propose une panoplie de projets de loi pour remédier à la situation. On mêle même une réforme du financement électoral à un réaménagement de la carte électorale, comme si cela avait un lien avec les problèmes actuels. On veut imposer l’adoption de ces projets de loi avant la fin de la session prévue pour le vendredi 4 décembre prochain. Comme s’il était interdit aux députés de siéger jusqu’à Noël pour compléter leur travail comme le font les autres travailleurs du Québec qui, eux, ne seront pas en congé du 4 décembre à la mi-février.
En s’entêtant à ne pas tenir une enquête publique, Jean Charest espère que les contribuables vont se fatiguer d’entendre parler de ce sujet et qu’après les Fêtes, on va être passé à un autre appel. Le Premier ministre se trompe.
En refusant de vouloir trouver les vrais coupables, Jean Charest laisse planer un doute dans le public qui finit par croire que tout le monde est malhonnête dans cette industrie. À moins que le Premier ministre ait quelqu’un à protéger? On est à même de se poser la question.
Pensée de la semaine
Je dédie la pense de la semaine au Premier ministre Jean Charest : «Les politiciens sont des gens qui, souvent, se promènent les fesses serrées de peur d’échapper un peu de vérité.»