L’exemple vient de haut
La semaine dernière, la démission du ministre du Travail du Québec, David Whissell, nous a fournit une preuve on ne peut plus évidente que la classe politique n’a aucun respect pour les contribuables que nous sommes.
Ce pauvre Whissell, en réalité, il n’est pas le coupable; il est plutôt la victime. Lorsque Jean Charest l’a nommé au Cabinet, il savait très bien que son jeune député détenait 20 % des actions d’une compagnie d’asphaltage.
Il en était tellement conscient qu’il a pris soin de tripoter le code d’éthique des membres du gouvernement pour faire une place à son nouveau ministre. Et, aujourd’hui, Monsieur Charest a le culot d’affirmer que tout cela ne se serait pas produit si le Québec disposait d’un Commissaire à l’éthique. C’est à croire que le Premier ministre du Québec dort au gaz.
C’est Jean Charest lui-même, pendant qu’il était dans l’opposition, en 2002, qui réclamait la création d’un poste de Commissaire à l’éthique au Québec. Il en avait même fait une promesse électorale lors de l’élection de 2003. Or, Monsieur Charest est devenu Premier ministre en 2003 et il est à ce poste depuis maintenant six ans.
Pourrait-il prendre quelques minutes pour nous expliquer pourquoi, si cela était aussi important qu’il le disait, n’a-t-il pas procédé à la création du poste de Commissaire à l’éthique? Il avait pourtant les deux mains sur le volant et il n’a rien fait. Plutôt que de demander à ses ministres de se conformer au code d’éthique déjà existant, il a préféré le tripoter sciemment pour accueillir au Cabinet des ministres qui avaient des intérêts dans des entreprises recevant des contrats du gouvernement.
Comment Jean Charest a-t-il pu être aussi inconscient, manquer à ce point de jugement?
Mais il est vrai que le chef libéral n’est pas tellement bien placé pour faire la leçon aux autres. À titre de Premier ministre du Québec, Jean Charest reçoit annuellement en salaires et allocation de dépenses 183 061 $. Notre honorable Premier ministre considère cette somme insuffisante et, depuis plusieurs années, il reçoit une rémunération supplémentaire de 75 000 $ payée par le Parti libéral du Québec, argent qui provient de donateurs privés.
Quand un dirigeant politique accepte une telle situation, ça en dit long sur son sens de l’éthique.
Le cas Whissell
La démission de David Whissell à titre de ministre n’est pas le résultat d’un regain subit du sens de l’éthique de ce dernier et de son chef. Le chef libéral craignait tout simplement que ce cas soit exploité par l’opposition lors de la rentrée parlementaire.
Si David Whissel n’a posé aucun geste illégal, on peut au moins s’interroger à savoir pourquoi l’entreprise dont il est co-propriétaire, ABC Rive-Nord, recevait des contrats d’asphaltage du ministère des Transports sans aucun appel d’offres.
Même que depuis l’accession de Monsieur Whissel au cabinet, la valeur des contrats accordés à ABC Rive-Nord avait doublé. C’est certainement le simple fruit du hasard, mais il ne faudrait pas nous prendre pour des imbéciles.
Il serait regrettable que la démission de David Whissel mette fin au débat. Il ne sert à rien de s’acharner sur la victime, il faut plutôt se servir de ce cas pour harceler le gouvernement afin qu’il prenne les mesures pour que de telles sottises ne se répètent plus.
En choisissant de démissionner, David Whissel nous fournit la preuve qu’au Québec, il est plus payant de vendre de l’asphalte que d’être ministre. Mais il faut se rappeler qu’on ne peut avoir en même temps le beurre et l’argent du beurre.
Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine au Premier ministre Jean Charest : «Aucun homme n'a assez de mémoire pour réussir dans le mensonge.» Abraham Lincoln