Se donner bonne conscience
De nombreux consommateurs ont adopté les sacs réutilisables pour transporter leur épicerie. L’ère des bons vieux sacs en plastiques qui finissaient souvent leur carrière comme sacs à poubelles tire à sa fin.
Le passage du sac en plastique au sac réutilisable a fait l’objet d’une stratégie de mise en marché qui me fait sourire. On a d’abord commencé par décrier l’usage des sacs en plastique, même si ces derniers étaient recyclables.
Certains marchés d’alimentation ont fait la promotion des sacs réutilisables en nous créditant cinq sous pour chacun des sacs réutilisables que les consommateurs fournissaient. Reconnaissons qu’il s’agissait là d’un incitatif non négligeable. Le consommateur fournit son sac; le marché d’alimentation économise un sac; il est donc logique d’accorder une prime au consommateur.
En plus d’en retirer une prime monétaire, le consommateur avait bonne conscience et était fier de participer à la lutte contre la pollution. Tout le monde y trouvait donc son profit.
De prime à surcharge
Les propriétaires de certaines grandes chaînes d’alimentation ont vite compris qu’il y avait un profit à réaliser dans le passage du sac de plastique au sac réutilisable.
D’abord, on nous a vendu des sacs réutilisables arborant le logo de la compagnie. Voilà que je dois payer pour faire la publicité de mon marché d’alimentation.
Et, comme si cela n’était pas suffisant, on a décidé de couper la prime de 5 sous dont on nous gratifiait parce que nous apportions nos sacs et que, ainsi, le marché d’alimentation sauvait des sous pour chacun des sacs qu’il n’avait plus à fournir.
D’autres sont allés encore plus loin en nous réclamant 5 ou 7 sous par sac de plastique lorsque, par mégarde, nous avions oublié d’apporter nos sacs. Et, le pire de tout, un marché d’alimentation refuse de placer les produits que je viens d’acheter parce que mon sac réutilisable arbore le logo d’un concurrent. Où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir. C’est à croire que l’on fait plus d’argent à vendre des sacs qu’à vendre de l’épicerie.
Si l’on veut me charger des frais parce que je n’ai pas mes sacs, il me semblerait tout à fait équitable que, en retour, on m’offre une prime équivalente lorsque je fournis mes sacs. C’est du «donnant donnant».
Personnellement, si un marché d’alimentation me réclame un montant parce que je n’ai pas mon sac et qu’il ne m’offre pas une prime lorsque je fournis le mien, je vous avise que je laisse sur place mon épicerie et que je quitte les lieux. Il y a des limites à se faire exploiter.
Ne vous illusionnez pas, les sacs fournis par les marchés d’alimentation n’étaient pas gratuits. Ces frais étaient calculés dans le coût de revient global et se reflétaient dans le prix des items vendus en épicerie.En même temps que les marchés d’alimentation réalisaient des profits supplémentaires importants en ne fournissant plus gratuitement les sacs en plastiques, le coût du panier d’épicerie au Canada a augmenté de 7 % au cours de la dernière année.
Notre Société des Alcools du Québec a vite fait de suivre la voie en décidant de ne plus nous fournir un sac lorsqu’on achète une bouteille de vin. Ces commerçants se drapent tous dans le drapeau de la protection de l’environnement, mais c’est avant tout la recherche du profit qui les anime.
Ça me rappelle la façon de faire des institutions bancaires qui nous ont dirigé vers les guichets automatiques en nous disant que c’était sans frais. Une fois l’habitude acquise, des frais d’utilisation ont miraculeusement fait leur apparition. Finalement, c’est toujours Baptiste qui finit par payer la note.
Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine aux dirigeants d’entreprises : «Le grand danger de la croissance, c’est de faire des bénéfices sans faire ses devoirs.» Javier San Juan