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L'affaire est dans le sac
 

Récemment, des chercheurs ont découvert que nos sacs d’épicerie réutilisables pouvaient être une source de développement de bactéries susceptibles de transmettre des maladies.

Reconnaissons d’abord qu’il ne faut pas avoir grand chose à faire pour effectuer une recherche sur les sacs d’épicerie. Mais, qui sait, peut-être qu’un jour nous découvrirons que cette recherche a sauvé notre planète d’une pandémie qui aurait pu faire de nombreuses victimes.

Se donner bonne conscience
De nombreux consommateurs ont adopté les sacs réutilisables pour transporter leur épicerie. L’ère des bons vieux sacs en plastiques qui finissaient souvent leur carrière comme sacs à poubelles tire à sa fin.

Le passage du sac en plastique au sac réutilisable a fait l’objet d’une stratégie de mise en marché qui me fait sourire. On a d’abord commencé par décrier l’usage des sacs en plastique, même si ces derniers étaient recyclables.

Certains marchés d’alimentation ont fait la promotion des sacs réutilisables en nous créditant cinq sous pour chacun des sacs réutilisables que les consommateurs fournissaient. Reconnaissons qu’il s’agissait là d’un incitatif non négligeable. Le consommateur fournit son sac; le marché d’alimentation économise un sac; il est donc logique d’accorder une prime au consommateur.

En plus d’en retirer une prime monétaire, le consommateur avait bonne conscience et était fier de participer à la lutte contre la pollution. Tout le monde y trouvait donc son profit.

De prime à surcharge
Les propriétaires de certaines grandes chaînes d’alimentation ont vite compris qu’il y avait un profit à réaliser dans le passage du sac de plastique au sac réutilisable.

D’abord, on nous a vendu des sacs réutilisables arborant le logo de la compagnie. Voilà que je dois payer pour faire la publicité de mon marché d’alimentation.

Et, comme si cela n’était pas suffisant, on a décidé de couper la prime de 5 sous dont on nous gratifiait parce que nous apportions nos sacs et que, ainsi, le marché d’alimentation sauvait des sous pour chacun des sacs qu’il n’avait plus à fournir.

D’autres sont allés encore plus loin en nous réclamant 5 ou 7 sous par sac de plastique lorsque, par mégarde, nous avions oublié d’apporter nos sacs. Et, le pire de tout, un marché d’alimentation refuse de placer les produits que je viens d’acheter parce que mon sac réutilisable arbore le logo d’un concurrent. Où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir. C’est à croire que l’on fait plus d’argent à vendre des sacs qu’à vendre de l’épicerie.

Si l’on veut me charger des frais parce que je n’ai pas mes sacs, il me semblerait tout à fait équitable que, en retour, on m’offre une prime équivalente lorsque je fournis mes sacs. C’est du «donnant donnant».

Personnellement, si un marché d’alimentation me réclame un montant parce que je n’ai pas mon sac et qu’il ne m’offre pas une prime lorsque je fournis le mien, je vous avise que je laisse sur place mon épicerie et que je quitte les lieux. Il y a des limites à se faire exploiter.

Ne vous illusionnez pas, les sacs fournis par les marchés d’alimentation n’étaient pas gratuits. Ces frais étaient calculés dans le coût de revient global et se reflétaient dans le prix des items vendus en épicerie.En même temps que les marchés d’alimentation réalisaient des profits supplémentaires importants en ne fournissant plus gratuitement les sacs en plastiques, le coût du panier d’épicerie au Canada a augmenté de 7 % au cours de la dernière année.

Notre Société des Alcools du Québec a vite fait de suivre la voie en décidant de ne plus nous fournir un sac lorsqu’on achète une bouteille de vin. Ces commerçants se drapent tous dans le drapeau de la protection de l’environnement, mais c’est avant tout la recherche du profit qui les anime.

Ça me rappelle la façon de faire des institutions bancaires qui nous ont dirigé vers les guichets automatiques en nous disant que c’était sans frais. Une fois l’habitude acquise, des frais d’utilisation ont miraculeusement fait leur apparition. Finalement, c’est toujours Baptiste qui finit par payer la note.

Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine aux dirigeants d’entreprises : «Le grand danger de la croissance, c’est de faire des bénéfices sans faire ses devoirs.» Javier San Juan

 
 
Lien permanent | Commentaires (1) | Publié le septembre 1, 2009 10:49 PM

M. Dutil, vous dites vrai encore une fois! Vos observations s'avèrent très semblables aux miennes à ce niveau.

Ce qui me dépasse dans tout ça, c'est que justement, puisqu'il est tendance d'être "éco-responsable", des entreprises exploitent le filon à leur avantage, et certaines poussent le concept jusqu'à en être pratiquement tordu.

Dans le cas d'un marché d'alimentation, ou chez Wal-Mart, je pense que la sensibilisation qu'ils ont opéré est bénéfique pour l'environnement. Moins de consommation égale moins de rebus, c'est l'addition de petits efforts qui mène à faire une réelle différence: c'est la base de l'engagement en matière environnementale. Et comme certaines personnes ne pensent qu'avec leur porte-feuille, il peut être bien aussi de faire réfléchir les clients en récompensant ceux qui rapportent leurs sacs. Même si je ne suis pas complètement en accord avec cette procédure, je reconnais que la méthode la plus efficace est celle où l'ont charge la valeur du sac au client: je me souviens de ma grand-mère qui allait au défunt marché "L'Héritage" de Thetford au début des années 90, et où l'on chargait je crois quelque chose comme 25 cents du sac en papier. Laissez-moi vous dire qu'elle les rapportait (et y allait pour bénéficier d'économies semaine après semaine)!

Mais dans d'autres cas, la pertinence de sacs réutilisables est questionnable, de par la faible récurrence des visites. Un marché d'alimentation, on peut y aller plusieurs fois par semaine, c'est correct. La SAQ, c'est gouvernemental, ils veulent donner l'exemple, et des bactéries sont moins sujettes à apparaître vu que les bouteilles sont sèches et hermétiques, ça passe encore. Mais le top du top, c'est ce commerce d'électronique que l'on peut visiter une ou deux fois par année, et qui brandit le blason environnemental en demandant 5 cents pour chaque sac fourni! Ça, désolé, mais j'appelle ça rire du monde.

Quant à la salubrité de "l'Opération réutilisation", depuis le début j'utilise un sac réutilisable uniquement pour les articles tels les boîtes de biscuits, la sauce à spaggat, etc. Mais évidemment, pour tout ce qui est poisson, fruits et légumes et autres périssables, je demande un sac à usage unique, quitte à le payer.

Anyway, qu'on vienne donc me parler d'environnement quand d'une part, on me vante un concept de sacs réutilisables (que l'on vend), et d'autre part, qu'on soit tout à fait confortable à me vendre des sacs Glad pour la poubelle (car non, on ne recycle pas encore tout (PGMR à moins de 65% actuellement!!) ça prend encore des sacs à vidanges).

Un des trois R en environnement est justement de Réutiliser - il était donc mieux je crois d'avoir au moins quelques sacs d'épicerie à réutiliser pour la poubelle de cuisine.

Merci de votre perspicacité, continuez votre excellent travail.

 
 
Publié par Jonathan V. Bolduc | septembre 2, 2009 9:30 AM

 

 

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À propos de Pier Dutil

Après des études collégiales au Séminaire de St-Georges et en sciences politiques à l'Université Laval, Pier Dutil entreprend sa carrière professionnelle dans le domaine du journalisme. De 1971 à 1977, il a été rédacteur-en-chef de divers hebdos, éditorialiste attitré à l'émission radiophonique «Commentaires» de Radio Canada et collaborateur à diverses émissions d'information et d'affaires publiques à la télévision de Radio Canada.

De 1977 à 2003, Pier occupe diverses fonctions reliées aux communications, au marketing et à la gestion au sein de plusieurs entreprises comme le Groupe Canam Manac, le quotidien Le Soleil, les consultants Soleil Communication et Québécor.

Pier Dutil a pris sa retraite après 22 années de service au sein du Groupe Canam Manac. Aujourd'hui, il siège au conseil d'administration d'entreprises manufacturières et d'organismes communautaires et sociaux. En plus de le lire dans Le Journal de Beauce à chaque semaine, on peut l'écouter tous les lundis matins sur les ondes de COOL-FM où il tient une chronique traitant de politique.

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