Ne plus se toucher
Mais il ne suffit pas de laver ses sacs réutilisables, de sortir les enseignantes enceintes des écoles ou de ne plus prendre sa douche pour demeurer en santé.
On recommande maintenant de ne plus se donner la main chaque fois que l’on se rencontre. Même nos cousins Français n’osent plus se faire la bise. Pire encore, à la messe, dans plusieurs églises, on évite de se donner la main lorsque l’on souhaite la paix aux autres.
À la télé, les annonces de produits divers nous invitent à désinfecter nos poignées de portes, nos claviers d’ordinateurs et tout ce que l’on est susceptible de toucher afin de protéger ceux et celles qui partagent notre environnement.
Dans tous les lieux publics que vous fréquentez, le Purell est disponible et, si par malheur vous omettez de l’utiliser pour vous laver les mains, on vous regarde avec de gros yeux comme si vous deveniez subitement une menace pour tous les autres êtres humains que vous croiserez dans les prochaines minutes.
Assez, c’est assez
En toute franchise, je dois vous avouer que je trouve tout cela exagéré, même un peu fou. Je suis tout à fait conscient qu’il faut prendre certaines précautions, mais il y a tout de même des limites.
Si ça continue, notre société Purell va exiger que l’on vive chacun dans une bulle totalement aseptisée. Ainsi, il n’y aurait plus de contacts entre les humains et les risques de transmission de microbes seraient réduits au minimum. Finis les touchers, les petits becs, les dangereux «french kiss», les postillons quand on parle et tous les autres dangers de contamination.
Désormais, chacun vit dans sa bulle, en pleine santé, risquant même de devenir éternel, car plus rien ne pourra nous contaminer.
Il ne nous restera plus qu’à surveiller notre alimentation. Mais, là aussi les dirigeants de notre société aseptisée se préoccupent de notre bien-être. Après avoir sorti la malbouffe des écoles et des arénas, voilà que l’on veut interdire la présence de commerces offrant ces aliments à une certaine distance des écoles. Bientôt, il nous sera interdit de tâter les tomates à l’épicerie ou les autres fruits et légumes pour en vérifier la fraîcheur. Tout sera déjà empaqueté dans une pellicule protectrice pour en assurer la pureté.
Aux Etats-Unis, on a commencé à ajouter des vitamines dans des produits comme du cola et des croustilles au fromage. Constatant l’ajout de vitamines à de nombreux aliments, certaines sommités médicales osent se demander s’il n’y a pas un risque de surconsommation de vitamines.
J’ai toujours prétendu que la ligne entre l’intelligence et la folie était très mince et que l’on risquait souvent de se retrouver du mauvais côté. La situation actuelle en est peut-être une preuve.
Chacun dans sa bulle, comment ferons-nous pour nous reproduire et assurer la pérennité de la race humaine? Cela m’incite à vous poser une question existentielle : quelle est la maladie transmise sexuellement qui fait le plus de victimes? Bien oui, c’est la vie, car personne ne s’en est encore sorti vivant. Quand va-t-on nous interdire de faire l’amour?
Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à tous les hypocondriaques : «Quand on prend des risques, on peut perdre. Quand on n’en prend pas, on perd toujours.» Sandrine Bonnaire