Les lunettes roses
Le champion optimiste est le président de la Banque du Canada, Mark Carney, qui affirmait récemment, rien de moins que : «La récession est finie.» Cependant, il ne faudrait pas oublier que c’est ce même Jack Carney qui tentait de rassurer les Canadiens, il y a environ un an, en déclarant que le Canada éviterait la récession.
De son côté, le président américain Barack Obama clamait que «Le pire est derrière nous.» Espérons qu’il dise vrai, car ce serait catastrophique si la situation devait empirer.
Enfin, le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, déclarait : «Nous approchons du moment où il y aura une reprise.» Reconnaissons que cette déclaration n’est pas très compromettante et qu’elle risque fort de se concrétiser; ce n’est qu’une question de temps.
Évidemment, ces grands observateurs de la scène économique mondiale veulent lancer quelques messages encourageants, sachant très bien que, lorsque les consommateurs reprennent confiance, ils commencent à dépenser et cela contribue à relancer l’économie.
Cependant, sans vouloir jouer les rabat-joie, il faut parfois enlever ses lunettes roses et regarder ce qui se passe dans le quotidien des citoyens.
Des faits qui ne mentent pas
Jusqu’à date, l’économie canadienne a été frappée moins fort que celle des Etats-Unis. Cependant, la forte dépendance de l’économie canadienne à l’égard de celle de son puissant voisin du sud ne nous permet pas d’analyser la situation du Canada isolément. Impossible de croire en une reprise ici tant que les choses ne s’amélioreront pas de façon majeure aux Etats-Unis.
Depuis décembre 2007, 6,7 millions de travailleurs américains ont perdu leur emploi. À chaque mois, quelque 250 000 autres se joignent à ce groupe. D’accord, c’est moins grave que les plus de 500 000 nouveaux chômeurs que l’on a connus lors des mois précédents, mais on ne parle pas encore d’embauche.
Au Canada, pendant ce temps, le nombre des chômeurs est passé à 1 583 000, ce qui représente un taux de chômage de 9 % et les jeunes sont particulièrement frappés avec un taux de sans-emploi qui dépasse les 20 %.
Fin 2007, le niveau d’endettement des ménages canadiens est le double de ce qu’il était en 2000, atteignant 1 300 milliards de dollars. C’est pourquoi le nombre des détenteurs de cartes de crédit qui accumulent des retards de plus de 90 jours ne cesse d’augmenter. Il en résulte un taux de faillite qui atteint des records.
Si la situation financière des ménages se détériore, il ne faut pas oublier celles des gouvernements qui ont renoué avec des déficits qui atteignent des proportions inquiétantes. Un jour ou l’autre, il faudra payer et c’est vous et moi qui devrons en assumer les frais.
Des signes encourageants
Même si le portrait est loin d’être beau, il faut reconnaître que certains signes encourageants pointent à l’horizon.
Le simple fait de constater que la situation économique dans son ensemble ralentit sa chute est un élément positif. Si on cesse de creuser son trou, on pourra bientôt penser à le remplir.
La construction résidentielle aux Etats-Unis donne certains signes de vigueur et les stocks en baisse dans certains secteurs industriels laissent croire que l’on placera bientôt des commandes. Cela sera susceptible de relancer l’embauche dans nos entreprises.
Ma façon de voir les choses est que le patient est sorti des soins intensifs, mais son état nécessitera encore des soins nombreux qui seront suivis par une longue convalescence. Il n’y a pas encore lieu de se réjouir, mais, comme je l’écrivais au début de cette chronique, la lumière pointe au bout du tunnel et il y a tout lieu de croire que ce n’est pas un train qui s’en vient.
Les chômeurs de notre région ne seront pas rappelés au boulot de sitôt, des entreprises qui sont en difficulté ne renoueront pas avec les profits dans les prochains mois, mais, honnêtement, je suis convaincu qu’on va s’en sortir.
Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à tous les contribuables de ce monde : « Si tous les pays sont endettés, où donc est passé l’argent?» Steven Wright