Les temps ont changé
Cette époque n’est plus. En effet, la Saint-Jean est devenue la Fête nationale du Québec depuis une trentaine d’années. Et ce n’est pas un méchant fédéraliste qui a procédé à ce changement. Le maître d’œuvre de cette modification est nul autre que René Lévesque qui était alors Premier ministre du Québec. Et j’ose croire qu’il n’est pas nécessaire de vous rappeler que René Lévesque était le chef du Parti québécois, un parti politique souverainiste, séparatiste ou tout autre «iste» qui pourra vous plaire.
Et quand on parle d’une Fête nationale, il me semble que ça devrait inclure toute personne qui a choisi de vivre au Québec, peu importe qu’elle soit née ici ou qu’elle ait choisi de venir s’y établir.
Malheureusement, au cours des années, un petit groupe a toujours voulu détourner cette Fête nationale pour lui donner un caractère politique. Cela est malheureux!
Que je sois souverainiste, fédéraliste ou autonomiste, tant et aussi longtemps que je vis au Québec, le 24 juin, je devrais pouvoir faire partie de la fête et célébrer.
C’est d’ailleurs la même chose pour le 1er juillet. Là aussi, que je sois fédéraliste ou souverainiste, tant et aussi longtemps que je paie des impôts et des taxes au Canada, je n’ai pas à être gêné d’assister aux célébrations si cela me tente.
Chanter dans la langue de son choix
Aujourd’hui, les artistes québécois ne sont pas que francophones. D’ailleurs, plusieurs Québécois francophones n’hésitent pas à chanter en anglais de façon à faire carrière à la grandeur de la planète. À titre d’exemple, mentionnons le Pascale Picard Band et Simple Plan.
Ces jeunes artistes connaissent un succès à l’échelle de la planète, vendant des disques par centaines de milliers, quand ce n’est pas par millions, et font salle comble lors de spectacles produits dans de nombreux pays, sur divers continents.
Devrait-on exclure ces artistes de notre Fête nationale parce qu’ils ont choisi de chanter en anglais? Poser la question, c’est y répondre.
On se fait une fierté d’accueillir des gens qui chantent en créole, en wolof, en espagnol, en italien, etc. pour accompagner nos vedettes francophones. Pourquoi ceux qui chantent en anglais n’auraient pas droit de célébrer avec nous?
Quand je pense à la Fête nationale du Québec, j’imagine une parade de chars allégoriques dans laquelle on retrouverait un char pour chacune des cultures présente chez nous, le tout se terminant par un immense spectacle au cours duquel chacun de ces groupes ethniques présenterait quelques pièces musicales de son pays d’origine. Imaginez le party qu’on aurait.
Évidemment, les francophones formant la grande majorité de la population du Québec, je comprendrais très bien que les artistes francophones puissent prendre une large place, mais pas au point d’éliminer les autres.
Heureusement, il n’aura fallu qu’une journée pour que les empêcheurs de tourner en rond reviennent sur leur décision et décident finalement d’accueillir Bloodshot Bill et Lake of Stew au spectacle prévu à Rosemont, un quartier de Montréal.
La réaction d’une grande majorité de francophones qui ne se sentent pas diminués ou menacés par la présence d’une autre culture m’a agréablement surpris. C’est un signe évident de maturité.
Il y a une différence importante entre accueillir d’autres cultures au Québec et se mettre à plat ventre en renonçant à nos traits culturels pour adopter ceux des autres.
Profitez donc pleinement de la Fête nationale du Québec pour célébrer et chanter dans la langue de votre choix. La musique n’a pas de frontières et c’est tant mieux ainsi.
Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à ceux et celles qui ont eu le courage de se lever debout la semaine dernière pour s’opposer au sectarisme d’une infime minorité de Québécois qui voulaient exclure les artistes d’expression anglaise des célébrations de notre Fête nationale : «Il faut avoir raison non pas parce que les autres sont d’accord avec toi, mais parce que ta recherche est bonne.» Ben Buffet