Un faux sauvetage
Malgré ces milliards en fonds publics investis dans des canards boiteux, rien ne nous assure que ces plans de sauvetage réussiront. On sait déjà que la réorganisation de GM entraînera plus de 21 000 pertes d’emplois, la fermeture de 11 usines, la disparition de plus de 2 600 concessionnaires en Amérique du Nord, et quelque 100 000 fournisseurs perdront la presque totalité de leurs comptes à recevoir évalués à 173 G $. Avouez avec moi que ce n’est pas loin de ressembler à une vraie faillite.
La situation n’est pas plus jolie du côté de Chrysler qui, malgré son entente de partenariat avec l’italienne Fiat, devra procéder à une importante réorganisation qui touchera aussi des milliers d’employés, de nombreux fournisseurs et des centaines de concessionnaires.
Des symboles déchus
Comment de si grandes entreprises ont-elles pu en arriver là? L’existence de GM remonte à 1908. Durant 77 ans, cette entreprise fut la plus importante de son industrie. GM était devenue un symbole de la puissance industrielle américaine au point que l’on répétait souvent : «Ce qui est bon pour GM est bon pour l’Amérique.»
Les problèmes de GM ont débuté avec la crise pétrolière de 1974. La hausse subite du prix du pétrole a bouleversé les habitudes des propriétaires d’autos, mais les dirigeants de GM n’ont rien vu. Ils ont cru à une mode temporaire.
Pendant ce temps, les constructeurs japonais, coréens et européens inondaient le marché de voitures moins grosses et moins gourmandes. En moins de 30 ans seulement, ces fabricants, dont les dirigeants américains se moquaient, ont constamment grugé des parts de marché au point de passer un KO technique aux prétentieux Américains.
Changer les mentalités
J’ai de sérieux doutes quant aux plans de relance de GM et de Chrysler. Ce n’est pas l’argent qui fera défaut, mais plutôt les façons de faire. GM a perdu plus de 80 G $ au cours des cinq dernières années. Cela résulte d’une mauvaise lecture du marché et d’une attitude de suffisance qui a freiné l’innovation vers des modèles plus adaptés aux besoins des automobilistes.
Croire que tout cela pourrait changer en quelques mois; c’est croire aux miracles. Il est beaucoup plus long de changer des mentalités que de changer des équipements dans une usine. Il ne s’agit plus seulement de bien faire les choses, il faut surtout faire les bonnes choses.
Même si je ne suis pas très optimiste face à la situation actuelle, je dois vous avouer que j’espère de tout cœur que ces réorganisations produiront les résultats escomptés et que les contribuables récupéreront leur mise.
Mais je ne puis m’empêcher de penser à tout ce que l’on aurait pu faire au Canada avec 10,5 G $ pour aider nos milliers de PME qui éprouvent des difficultés et qui sont abandonnées ou presque par nos dirigeants. On trouve facilement et rapidement des milliards de dollars pour venir en aide à l’industrie de l’automobile concentrée dans le sud de l’Ontario pendant que de nombreux autres secteurs industriels auraient apprécié être également invité au festin.
Une fois de plus, on est en mesure de constater qu’il n’y en a que pour les gros, même lorsqu’ils sont totalement responsables de leur déchéance. C’est ce qu’on appelle du B S de luxe.
Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à tous ceux qui ont des dettes: «Si tu dois 100 000 $ à une banque, tu as un problème. Si tu dois 10 M $ à une banque, la banque a un problème.»