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Des géants aux pieds d'argile
 

Quand l’économie est en crise, nous avons tendance à penser que les petites entreprises sont en difficulté et que les grosses vont s’en sortir. La situation actuelle nous prouve le contraire.

En Amérique du Nord, les grands (?) de l’automobile sont au bord de la faillite.

Ces entreprises n’en sont pas arrivés là par hasard et il y a des leçons à tirer de leur déroute.

Les malheurs de GM et Chrysler
L’industrie automobile américaine était un symbole de l’esprit américain. Année après année, GM trônait fièrement au premier rang de la liste des plus importantes entreprises. Chrysler et Ford suivaient de près. Que s’est-il passé pour que ces géants se retrouvent en pleine déroute?

On comprend mieux lorsque l’on compare les constructeurs américains à leurs compétiteurs japonais, européens et autres.

En 2008 seulement, GM a perdu 31 milliards $, soit 85 millions $ par jour. Le bilan de Chrysler est un peu moins catastrophique, mais on sait déjà que sans l’aide d’un nouveau partenaire, Chrysler ne survivra pas.

Le gouvernement américain a déjà consenti 17,4 milliards $ à GM et Chrysler pour prolonger leur survie, mais les deux entreprises en réclament davantage, C’est à se demander si l’injection de fonds publics ne fait pas que prolonger l’agonie. La situation de Ford est quelque peu différente et cette dernière n’a pas fait appel à l’aide des gouvernements, ce qui est tout à son honneur.

Des malheurs prévisibles
Les malheurs de GM et de Chrysler ne s’expliquent pas seulement par la crise économique actuelle. Depuis des années, les grands constructeurs américains ont ignoré les nombreux signaux que le marché leur envoyait.

Dès la première crise du pétrole des années 70, les constructeurs asiatiques et européens se sont lancés dans la fabrication de plus petites autos beaucoup moins gourmandes. Pendant ce temps, les Américains ont continué à développer des modèles toujours plus gros et plus énergivores.

De plus, les constructeurs américains n’ont pas fait d’efforts pour réduire leurs coûts de production, consentant à leurs employés des conditions toujours meilleures. C’est pourquoi, sur le territoire américain, il en coûte 71 $ de l’heure en main-d’œuvre pour fabriquer une auto américaine contre 49 $ de l’heure pour une auto japonaise.

Les fabricants américains n’ont cessé de développer de nouveaux modèles, multipliant ainsi les usines. GM fabrique 42 modèles différents, alors que Toyota, le nouveau numéro un au monde, n’en fabrique que 23.

Les parts de marché des trois constructeurs américains n’ont cessé de diminuer, cela même aux Etats-Unis, là où les acheteurs avaient l’habitude de privilégier des produits américains. Mais la fibre patriotique ne résiste pas éternellement lorsque les produits offerts ne correspondent plus aux besoins des consommateurs.

Les misères de GM, Chrysler et des autres ont des impacts jusque dans nos régions. En effet, la pression est forte chez les concessionnaires qui sont parfois forcés d’accepter plus de voitures, de participer à des promotions et qui voient leurs marges de profit diminuer comme peau de chagrin. Cette situation a déjà fait une victime en Beauce, le concessionnaire Antonio Labbé de Vallée Jonction, une institution de plus de 75 ans, a annoncé sa fermeture prochaine. Il pourrait y en avoir d’autres, malheureusement.

Leçons à tirer
Toutes les entreprises peuvent tirer des leçons de la débandade des grands de l’automobile.

En premier lieu, on constate que ce n’est pas parce que l’on est gros que l’on est à l’abri des problèmes. Si les dirigeants ne sont pas vigilants et commencent à se croire invulnérables, le danger les guette.

Deuxièmement, on ne peut cesser d’être à l’écoute des besoins réels de ses clients sans risquer de les perdre. Si un fournisseur n’est pas en mesure de fournir le produit qui me convient, j’irai voir ailleurs.

Enfin, il faut bien connaître ses compétiteurs et s’assurer de toujours conserver ses avantages concurrentiels.

Ces trois éléments sont à la base de la création et de la survie de toute entreprise. On ne devient jamais assez gros pour pouvoir se permettre d’ignorer une seule de ces leçons. Qu’on se le tienne pour dit.

Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à tous les dirigeants d’entreprises qui peinent actuellement pour assurer la survie de leurs entreprises : «Si des embûches se dressent sur votre chemin, changez de direction, mais non de destination.»

 
 
Lien permanent | Commentaires (0) | Publié le avril 7, 2009 10:47 PM

 

 

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À propos de Pier Dutil

Après des études collégiales au Séminaire de St-Georges et en sciences politiques à l'Université Laval, Pier Dutil entreprend sa carrière professionnelle dans le domaine du journalisme. De 1971 à 1977, il a été rédacteur-en-chef de divers hebdos, éditorialiste attitré à l'émission radiophonique «Commentaires» de Radio Canada et collaborateur à diverses émissions d'information et d'affaires publiques à la télévision de Radio Canada.

De 1977 à 2003, Pier occupe diverses fonctions reliées aux communications, au marketing et à la gestion au sein de plusieurs entreprises comme le Groupe Canam Manac, le quotidien Le Soleil, les consultants Soleil Communication et Québécor.

Pier Dutil a pris sa retraite après 22 années de service au sein du Groupe Canam Manac. Aujourd'hui, il siège au conseil d'administration d'entreprises manufacturières et d'organismes communautaires et sociaux.

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