La catégorisation
Les gens qui se sont penchés sur l’étude de ce phénomène ont fini par expliquer ces conflits en catégorisant les gens à partir de leur année de naissance.
Ainsi, les personnes nées avant 1946 sont des traditionnalistes, celles nées de 1946 à 1961 sont des baby-boomers, alors que les bébés arrivés entre 1962 et 1976 forment la génération X et ceux qui ont vu le jour entre 1977 et 1989 sont de la génération Y. On n’a pas encore trouvé une appellation pour les jeunes de moins de 20 ans, mais ça viendra bien un jour.
Je conviens que des gens venus au monde à une même époque peuvent avoir des points en commun, mais prétendre que des personnes arrivées sur la planète au cours d’une période de 15 à 20 ans aient un comportement similaire m’apparaît un peu exagéré.
De plus, vouloir blâmer une génération pour les malheurs de la suivante relève d’un manque de responsabilité. De ce temps-ci, il est à la mode de blâmer les baby-boomers pour tout ce qui ne va pas sur la planète. D’autre part, les générations plus âgées reprochent régulièrement à celles qui les suivent de n’avoir plus de valeurs, de tout rejeter. Dans les deux cas, il y a de l’exagération.
La loi du nombre
Les baby-boomers ont pour eux la loi du nombre. Leurs parents sortaient d’une période économique difficile et d’une guerre mondiale qui avait tué des millions d’innocents. Ils ont célébré la vie en mettant des millions d’enfants au monde.
Il en est résulté une longue période de croissance économique, un développement sans pareil dans l’histoire. Grâce à l’avènement des médias d’information, qui ouvraient à tous une fenêtre sur le monde, le niveau des préoccupations s’est quelque peu élevé et les valeurs qui avaient prévalu jusque là ont été remises en question.
Ce fut une époque de transformations importantes. Il faut reconnaître que si la majorité de ces changements a contribué à améliorer le sort de la planète et de ses habitants, tout ne fut pas positif. Le développement à outrance était devenu la nouvelle religion et l’on n’était pas conscient, à l’époque, que l’on commençait sérieusement à hypothéquer la planète dont les ressources ne sont pas illimitées.
Mais il faut reconnaître qu’il est toujours plus facile de porter un jugement plusieurs années après les événements. Alors, loin de moi l’idée de faire des reproches aux gens de cette génération.
Changement de garde
Les générations X et Y ont, elles aussi, bouleversé les valeurs. Ces jeunes font preuve d’une plus grande ouverture sur le monde, souhaitent un équilibre de vie plus stable et n’accordent pas une importance aussi grande que leurs prédécesseurs au travail.
Il ne faudrait pas en conclure qu’ils sont paresseux. J’en connais plusieurs qui ne comptent pas leurs heures quand l’effort est requis. On les dit gâtés, mais si tel est le cas, la responsabilité incombe à ceux et celles qui ont voulu leur rendre la partie facile en les surprotégeant trop souvent.
Mais je ne m’inquiète pas pour eux. Ils savent rebondir et faire preuve de beaucoup de débrouillardise lorsqu’on leur laisse un peu d’espace. Encore faut-il savoir les intégrer, les écouter, leur donner l’occasion de faire leurs preuves. Comme tous les autres avant eux, ils feront des erreurs, mais l’erreur n’est pas réservée à une catégorie d’âge.
Que les jeunes veuillent faire les choses différemment, ça devrait nous encourager. Je n’ai pas épousé toutes les valeurs et les façons de faire de mes parents et c’est normal. À mon tour de me sentir parfois bousculé. L’important, c’est que les X et les Y aient la chance de modeler la planète en fonction de leurs priorités, car ils risquent de l’habiter un peu plus longtemps que moi.
Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à ceux qui se sentent parfois bousculés par les jeunes: «Qui a la même vision du monde à 50 ans qu’à 20 ans a perdu 30 ans de sa vie.»