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Sortons les pépines
 

Il y a à peine quatre mois, le Canada était en campagne électorale. J’ai encore frais à la mémoire l’intervention de Stephen Harper qui rassurait les électeurs lors du débat des chefs en français.

Il expliquait que la situation économique au pays n’était pas menacée et que, contrairement aux Etats-Unis, notre économie passerait à travers la tempête sans déficit et sans récession.

Il nous avait même donné l’exemple de sa propre mère qui s’inquiétait au sujet de ses placements et qu’il tentait de rassurer. Finalement, il semble que maman Harper avait un meilleur pif que son fils.

Pertes d’emplois
Il est vrai que la situation au Canada est moins pire que celle de nos voisins du sud. Mais il faut dire que les Américains sont en récession depuis déjà un an. Il serait irresponsable de croire que les déboires de l’économie américaine ne finiront pas par nous affecter.

Depuis le 1er janvier 2009, de grandes entreprises ont déjà annoncé la suppression de 86 400 emplois. Dans la seule journée de lundi 26 janvier, on nous en a annoncé 61 500. Et ces chiffres ne tiennent pas compte de tous les licenciements effectués au cours de 2008. Je ne veux pas être pessimiste, mais sachez que ce n’est pas terminé.

Ce lot de mauvaises nouvelles, qui nous assaille quotidiennement, ne contribue pas à instaurer un climat de confiance chez les consommateurs que nous sommes. Et quand les consommateurs n’ont pas confiance, ils diminuent leurs achats, pensent plus à épargner et à payer leurs dettes qu’à se lancer dans les dépenses.

Que peuvent nos gouvernements?
Depuis quelques semaines, nos dirigeants politiques se lancent dans la mise en place de vastes plans susceptibles de rétablir un climat de confiance et d’inciter les gens à dépenser pour relancer l’économie.

En réalité, nos gouvernements ont bien peu de pouvoirs dans de telles circonstances. Il y a longtemps que j’ai appris que, quand ça va bien, ce n’est pas à cause des gouvernements et quand ça va mal, ce n’est pas à cause d’eux également.

Mais si nos élus se pètent les bretelles pour se féliciter lorsque l’économie roule à plein régime, ils doivent, en retour, accepter d’en porter l’odieux lorsque l’économie décline.

Le budget fédéral
La semaine dernière, le gouvernement minoritaire de Stephen Harper, supporté par les libéraux de Michael Ignatieff, ont adopté un budget de crise. Ce n’est pas un budget qui va passer à l’histoire, mais ce n’est pas un mauvais budget.

Ce qui m’inquiète, c’est le retour aux déficits importants. En deux ans seulement, on prévoit des déficits totalisant 64 milliards de dollars, ce qui viendra annuler tous les remboursements de la dette effectués au cours des douze dernières années au cours desquelles le gouvernement fédéral déclarait des surplus.

On nous dit qu’il s’agit d’une situation temporaire, mais connaissant la propension des politiciens pour les dépenses, je ne suis pas rassuré.

On ne peut s’opposer à des mesures comme la formation des travailleurs, l’augmentation de la période au cours de laquelle les chômeurs auront droit à l’assurance-emploi, la réalisation d’importants travaux d’infrastructures. Par contre, je ne crois pas aux baisses d’impôts et au crédit d’impôts pour la rénovation.

De toutes les mesures adoptées dans le nouveau budget, celle qui aura des effets positifs le plus rapidement est l’augmentation des dépenses pour les infrastructures.

Durant des décennies, nos dirigeants politiques ont fait preuve de négligence dans l’entretien des infrastructures. Les réseaux d’aqueduc et d’égout de plusieurs municipalités sont désuets, nos réseaux routiers sont dans un piteux état et nos ponts et viaducs risquent de nous tomber dessus à n’importe quel moment.

Il semble donc que la solution idéale est de sortir les pépines pour relancer l’économie.

Pour que l’économie reprenne, il faudra que les mauvaises nouvelles cessent de nous tomber dessus, que les travailleurs ne craignent plus de perdre leur emploi et que ceux qui ont déjà été licenciés soient rappelés au travail.

Là , et là seulement, un climat de confiance fera son apparition et l’économie retrouvera un rythme de croissance. Souhaitons que cela se produise le plus rapidement possible.

Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à ceux qui se réjouissent de voir les grandes entreprises connaître des difficultés : «Quand les gros maigrissent, les maigres meurent.» Proverbe chinois

 
 
Lien permanent | Commentaires (0) | Publié le février 4, 2009 9:29 AM

 

 

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À propos de Pier Dutil

Après des études collégiales au Séminaire de St-Georges et en sciences politiques à l'Université Laval, Pier Dutil entreprend sa carrière professionnelle dans le domaine du journalisme. De 1971 à 1977, il a été rédacteur-en-chef de divers hebdos, éditorialiste attitré à l'émission radiophonique «Commentaires» de Radio Canada et collaborateur à diverses émissions d'information et d'affaires publiques à la télévision de Radio Canada.

De 1977 à 2003, Pier occupe diverses fonctions reliées aux communications, au marketing et à la gestion au sein de plusieurs entreprises comme le Groupe Canam Manac, le quotidien Le Soleil, les consultants Soleil Communication et Québécor.

Pier Dutil a pris sa retraite après 22 années de service au sein du Groupe Canam Manac. Aujourd'hui, il siège au conseil d'administration d'entreprises manufacturières et d'organismes communautaires et sociaux.

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