Pour introduire le sujet de cette chronique, voici quelques citations de propos émis par Monique Jérôme-Forget, ministre des Finances du Québec, au cours des derniers mois.
«On me reproche beaucoup d’être proche de ma sacoche, Je l’ai tellement été que j’ai des réserves importantes.» (22 octobre 2008)
« … il n’y aura pas de récession, il y aura une croissance réduite par rapport à ce que l’on a connu dans le passé.» (novembre 2008)
«Je peux confirmer qu’il y aura un déficit en 2009… Quand vous faites un énoncé économique, vous n’allez pas affoler les gens.» (11 février 2009)
En moins de quatre mois, notre ministre des Finances a réussi à nous dire une chose et son contraire et, si on la croit, tout cela était pour notre bien. Il importe de rappeler qu’entre la première et la dernière citation, il y a eu une campagne électorale.
Il y a des limites
Il y a tout de même des limites à nous prendre pour des imbéciles. À croire Madame Jérôme-Forget, tout a basculé en janvier dernier. C’est à ce moment, et seulement à ce moment que l’économie du Québec a frappé un mur, précipitant les finances de la province vers un déficit inattendu.
Pourriez-vous me dire sur quelle planète a vécu cette chère dame au cours des derniers mois? L’économie mondiale est frappée par une crise qui n’a pas son pareil depuis des décennies. De partout, les nouvelles négatives s’accumulaient, les gens perdaient leurs emplois, des entreprises fermaient leurs portes, de grandes institutions financières faisaient faillite, les gouvernements de tous les pays lançaient des programmes d’urgence et ainsi de suite.
Même que son propre chef de parti et premier ministre, Jean Charest, déclenchait des élections sous le prétexte qu’une grave tempête était en vue et qu’il fallait avoir deux mains solides sur le volant.
Et pendant ce temps-là , celle qui se présentait comme Madame Rigueur, nous rassurait en disant qu’il n’y avait pas de problèmes.
Pourtant, les contribuables que nous sommes avaient déjà perçu l’ampleur de la tempête qui nous guettait. On voyait tout cela venir, dans chacune de nos chaumières en faisant tout simplement preuve de gros bon sens. Et Madame Jérôme-Forget, entourée d’une armée de spécialistes de la finance disposant d’informations non accessibles au commun des mortels, nous dit qu’elle n’a rien vu venir.
Madame la ministre, choisissez votre camp
Face à tant de contradictions en si peu de temps, je n’ai pas d’autre choix que de dire à notre ministre des Finances : ou bien vous nous avez effrontément menti en peignant en rose la situation économique du Québec avant et pendant l’élection, ou bien vous avez fait preuve d’incompétence. Vous avez le loisir de choisir votre camp, mais n’oubliez pas que le choix qui s’offre à vous se limite à deux options.
Après avoir reconnu que le budget du Québec serait déficitaire au cours de l’année 2009-2010, Madame Jérôme-Forget a ajouté qu’elle ne peut plus garantir que l’année actuelle, qui prendra fin le 31 mars, ne sera pas, elle aussi, déficitaire. La réserve de 2,3 milliards de dollars que la ministre cachait dans sa sacoche ne serait plus suffisante.
Perte de crédibilité
Les dernières déclarations de la ministre des Finances ont contribué à alimenter les rumeurs de sa démission prochaine.
Il est évident que cette situation entache grandement la crédibilité de Monique Jérôme-Forget. Elle risque d’être utilisée comme bouc émissaire du gâchis actuel, mais il serait trop facile de lui faire porter tout le blâme.
Ses propos rassurants de l’automne dernier étaient sans doute guidés par une stratégie électorale visant à rassurer la population pour reporter les libéraux de Jean Charest au pouvoir. On se doit de reconnaître que la stratégie a donné les résultats escomptés. Mais à quel prix?
Quand on observe tout cela, on comprend pourquoi, dans tous les sondages où l’on demande aux gens à quelle profession ils font le plus confiance, les politiciens se classent toujours au dernier rang.
Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à ceux qui ne se laissent pas trop affecter par le climat économique actuel : «La vie doit être vécue avec amour et humour; l’amour pour comprendre et l’humour pour endurer.»