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Je vous préviens dès le début, mes propos ne seront pas très réjouissants. De ce temps-ci, quand on parle d’économie, ça fait peur. Je ne voudrais pas jouer les prophètes de malheur, mais j’ai toujours cru qu’il valait mieux se préparer pour les mauvais jours plutôt que de se laisser surprendre, surtout lorsque tous les signes d’une catastrophe sont visibles.

Problèmes sur le front américain
La crise bancaire américaine liée aux hypothèques à hauts risques et à l’effondrement du marché immobilier est en train de faire des dommages considérables.

En juillet seulement, 272 000 propriétaires ont perdu leur maison et l’on prévoit que, d’ici la fin de l’année, un propriétaire sur cinq pourrait subir le même sort. Du 1er janvier au 31 juillet, il s’est perdu 463 000 emplois chez nos voisins du sud.

Déjà une dizaine de banques régionales ont fait faillite et si la Réserve fédérale ne soutenait pas les grandes banques américaines, plusieurs d’entre elles subiraient le même sort, déclenchant ainsi une crise économique pire que celle que nos parents ont vécue en 1929.

Ces grandes banques ont déjà effectué des radiations d’actifs pour plus de 5 000 milliards $. Ce chiffre est tellement gros, que l’on s’imagine mal ce que cela représente vraiment.

Comme si cela n’était pas suffisant, on prévoit que le pire de la crise n’est pas encore passé. Les grands fabricants automobiles voient leurs parts de marché décroître sans cesse. En un seul trimestre, GM, un ancien fleuron de l’économie américaine, a perdu 15,5 milliards $. Cela représente des pertes de 170 millions $ par jour. Ces entreprises sont sur le respirateur artificiel.

Il faut se rappeler que 70 % de l’économie américaine dépend de la consommation. Or, quand on parle de crise économique, de banques en faillite, de radiations d’actifs et de pertes d’emplois que fait le consommateur? Il s’inquiète, perd confiance et commence à réduire ses dépenses, ce qui entraîne une récession.

De plus, le consommateur fait face à une hausse du pétrole qui, malgré une légère baisse récente, se vend encore 60 % plus cher qu’il y a un an. Les coûts des denrées alimentaires sont également en hausse, ce qui augmente la facture d’épicerie. Les sommes dépensées par les ménages pour assumer ces hausses importantes laissent moins d’argent dans les poches des consommateurs. Le consommateur américain est à bout de souffle et il est actuellement surendetté, ce qui ne laisse présager rien de bon.

Les impacts au Canada
En me lisant, certains doivent avoir le goût de me demander pourquoi je m’énerve ainsi puisque l’économie canadienne se porte encore relativement bien. C’est là que se situe le danger.

Oui, notre économie ne va pas si mal. Mais il y a des signes qui ne mentent pas. Avec ses 37 millions de Canadiens, notre pays représente un bien petit marché et le Canada est un important exportateur puisque l’on produit plus que pour nos propres besoins. Or, 85 % de nos exportations prennent le chemin des Etats-Unis.

Si l’économie américaine est en difficulté, ce n’est qu’une question de temps avant que cela nous frappe de plein fouet. Je ne veux pas vous faire peur, mais en juillet dernier, il s’est perdu 55 200 emplois au Canada, dont 29 700 au Québec seulement.

Dans l’ensemble de l’économie mondiale, le Canada est un bien petit joueur et, comme vous le savez sans doute, ce n’est pas la queue qui branle le chien. Si les économies de la Grande-Bretagne, de l’Europe et du Japon se sentent menacées par la situation actuelle, il ne faut pas croire que le Canada va éviter le choc, malgré les discours rassurants de nos politiciens.

Ce n’est pas pour rien que Stephen Harper souhaite la tenue d’élections au Canada; il veut se faire réélire avant que la crise économique n’affecte le pays, car si cela se produit, les temps vont être durs.

J’aimerais tellement ça me tromper, mais….

Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à tous nos leaders politiques, économiques et sociaux dont les responsabilités prennent encore plus d’importance dans la tourmente : «Un vrai leader n’a pas besoin de conduire : il lui suffit de montrer le chemin.» Henry Miller, romancier.

 
 
Lien permanent | Commentaires (2) | Publié le septembre 3, 2008 8:08 AM

Cher Monsieur Dutil,

J'aime beaucoup vos chroniques et je suis très souvent d'accord avec vos propos, mais pour cette semaine, je suis plus que d'accord, vous êtes en plein dans le mille. Comme j'aimerais que vous vous trompiez, mais ça n'arrivera pas. J'ai peur que ça soit mondial et que ça amène une guerre mondiale. Que Dieu ait pitié de nous!

 
 
Publié par Paul Morin | septembre 6, 2008 1:11 PM

Bravo Pierre, bonne analyse; si je te donnais une note, ce serait en %, comme ce n'est plus la mode, je m'abstiendrai..........
Un de tes anciens profs d'économique.

 
 
Publié par Gaétan Poirier | septembre 8, 2008 3:47 PM

 

 

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À propos de Pier Dutil

Après des études collégiales au Séminaire de St-Georges et en sciences politiques à l'Université Laval, Pier Dutil entreprend sa carrière professionnelle dans le domaine du journalisme. De 1971 à 1977, il a été rédacteur-en-chef de divers hebdos, éditorialiste attitré à l'émission radiophonique «Commentaires» de Radio Canada et collaborateur à diverses émissions d'information et d'affaires publiques à la télévision de Radio Canada.

De 1977 à 2003, Pier occupe diverses fonctions reliées aux communications, au marketing et à la gestion au sein de plusieurs entreprises comme le Groupe Canam Manac, le quotidien Le Soleil, les consultants Soleil Communication et Québécor.

Pier Dutil a pris sa retraite après 22 années de service au sein du Groupe Canam Manac. Aujourd'hui, il siège au conseil d'administration d'entreprises manufacturières et d'organismes communautaires et sociaux.

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