Comme Ponce Pilate
Récemment, les journaux nous apprenaient qu’un avocat de Québec, Jean Brochu, intentait une poursuite contre Loto-Québec pour que cette dernière lui rembourse tous les frais qu’il a encourus pour vaincre sa dépendance au jeu.
Monsieur Brochu ne se reconnaît aucune responsabilité pour sa dépendance au jeu. C’est à croire que Loto-Québec est allée le chercher dans sa résidence, l’a amené de force dans un lieu où se trouvaient des machines à sous, l’a attaché sur une chaise et l’a obligé à jouer.
Je reconnais que la dépendance au jeu est une maladie grave qui fait beaucoup trop de victimes. Il ne s’agit pas d’une maladie contagieuse attrapée suite à un contact avec une autre personne. Tout le monde sait que le jeu peut entraîner une certaine dépendance si on ne se contrôle pas. On ne devient pas joueur compulsif à cause d’un autre; c’est notre responsabilité pleine et entière.
D’ailleurs, aucune thérapie ne permettra de régler le problème tant et aussi longtemps que le joueur compulsif ne décidera pas lui-même de s’en sortir.
J’ai toujours trouvé étrange que les gens blâment Loto-Québec pour leurs problèmes de jeu. On ne s’attaque jamais au propriétaire de bar qui offre ce service dans son établissement. On vise Loto-Québec avant tout parce que l’on sait que c’est un organisme capable de payer le gros prix. Ça revient à dire que l’on vise encore le gros-lot et ça me fait douter de la guérison de celui qui poursuit. Il veut encore gagner, faire sauter la banque.
Prendre ses responsabilités
Avant l’existence de Loto-Québec, le jeu existait. Chaque village avait sa «barbotte» où l’on pouvait jouer aux cartes et parier de fortes sommes. Je me souviens d’un cas où le père d’un ami d’enfance avait perdu sa résidence aux cartes dans les années 1950.
Pas nécessaire de remonter au déluge pour se rappeler que des machines à sous étaient disponibles dans des débits de boisson. Il était de notoriété publique que le contrôle de la majorité de ces appareils relevait du crime organisé. Je reconnais que je suis plus à l’aise de voir que c’est l’État qui en assume aujourd’hui le contrôle, même si le système est loin d’être parfait.
Cette tendance à toujours vouloir blâmer les autres pour nos problèmes ne se limite pas au jeu. Les fumeurs ont poursuivi les compagnies de cigarettes, de gros mangeurs blâment les restaurants de «fast food» et on fait des pressions pour éliminer les aliments gras des écoles et des hôpitaux.
Quand les gouvernements commencent à jouer dans nos assiettes, ça sent le contrôle gouvernemental et ça me fait peur. On devrait être capable de prendre nos responsabilités. Il n’y a rien de mal à acheter un billet de loterie de temps en temps, de bouffer une poutine et de prendre une bière ou deux à l’occasion.
L’être humain possède toutes les connaissances lui permettant de se rendre compte sciemment quand il dépasse les bornes. À lui de s’en servir.
Poursuivre ses parents
Si je pousse à bout la logique des malades de la «c’tacause», je devrais poursuivre mes parents qui m’ont donné la vie. En me mettant au monde, ils savaient que je mourrais un jour. Alors, mon père et ma mère m’ont transmis une maladie mortelle en me donnant la vie. En effet, aucune personne ne s’est encore sorti vivante de la vie; on en meurt tous.
Ce raisonnement stupide est un exemple démontrant que l’on ne peut toujours blâmer les autres pour ce qui nous arrive. Sachons s’assumer.
Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à ceux qui voudraient nous faire vivre dans une bulle protectrice nous protégeant de tout : «Nous vivons dans une société qui essaie toujours d’éliminer le risque. Or, c’est seulement par le risque qu’on accomplit des choses.» Scott Griffin