Bilan négatif
Pour l’une des rares fois depuis de nombreuses années, le niveau des emplois manufacturiers en Beauce est passé sous la barre des 20 000. En 2007, il s’est perdu 1 014 emplois dans la région. Depuis 2002, les emplois manufacturiers ont diminué de 2 819. Le paradis de la PME en prend pour son rhume.
Comme si cela ne suffisait pas, on constate une importante diminution des investissements manufacturiers. En 2007, les entreprises beauceronnes ont investi 91 millions $, soit une diminution de 22 % par rapport à l’année précédente. Cette diminution des investissements risque fort d’avoir un impact majeur sur le développement des emplois au cours des prochaines années.
Causes multiples
On n’a pas à se casser la tête bien longtemps pour identifier les causes majeures de cette situation.
Abordons d’abord les causes sur lesquelles les entrepreneurs n’ont pas de contrôle : la hausse du dollar canadien, l’augmentation du prix du carburant, l’arrivée massive de produits asiatiques sur nos marchés et le programme des régions ressources du gouvernement du Québec qui crée une concurrence déloyale.
Peu importe le talent et l’implication de nos dirigeants d’entreprises, ces derniers ne peuvent rien changer à ces causes externes qu’ils doivent subir.
Par contre, il y a une cause à la situation actuelle surlaquelle les entrepreneurs peuvent exercer un contrôle. Depuis de nombreuses années, on répétait que le dollar canadien ne resterait pas à un niveau aussi bas que 0,63 $ et qu’il atteindrait la parité avec le dollar américain.
Pendant tout ce temps, il aurait fallu investir en équipements pour accroître sa productivité, réduire ses coûts et être en mesure de faire face à la compétition. Plusieurs ont préféré continuer à surfer sur la faible valeur de la monnaie canadienne. Ils en paient aujourd’hui le prix. On ne peut bâtir une économie solide sur la faiblesse d’une devise.
Maître chez-nous
Une fois le bilan tracé et les causes identifiées, le problème n’est pas pour autant réglé. Le médecin pathologiste peut nous renseigner sur les causes de la mort d’un patient, il ne peut le ressusciter.
Le secteur manufacturier beauceron a deux grands avantages : ses propriétaires sont d’ici et aucune grande industrie domine notre économie.
Avant de mettre la clé dans la porte, le propriétaire qui vit dans le même village que ses employés fera tout pour sauver la mise. Par contre, quand le propriétaire vit à des centaines de kilomètres de ses usines, que le village où ces dernières sont situées n’est qu’un point sur une carte géographique, la décision de fermer une usine ne pèse pas gros.
Parmi les quelque 500 entreprises manufacturières beauceronnes, il y en a de plus importantes que d’autres, mais aucune ne domine l’activité économique comme ce fut le cas avec les mines d’amiante dans la région de Thetford Mines. Notre économie ne dépend donc pas d’une entreprise ou d’un secteur d’activité en particulier.
C’est en partie à cause de ces deux avantages que la Beauce a toujours su passer à travers les récessions précédentes et c’est une fois de plus à cause de ces facteurs que nous devrions réussir.
Personnellement, même si la situation actuelle m’inquiète au plus haut point, je demeure confiant parce que je sais que les propriétaires de nos industries ne ménageront pas leurs efforts et qu’ils sauront faire preuve de créativité dans la recherche de solutions. Mais il importe que les employeurs ne soient pas seuls dans la recherche de solutions, ils doivent pouvoir compter sur l’appui de leurs employés, car ces derniers sont aussi directement concernés. Il y va de la survie de nos entreprises et de nos emplois.
Pensée de la semaine
Je dédie ma pensée de la semaine à tous les entrepreneurs de notre région : «La difficulté attire l’homme de caractère, car c’est en l’étreignant qu’il se réalise lui-même.» Charles de Gaulle