Nous savons tous que l’élection de Stéphane Dion à la direction du Parti libéral du Canada fut un accident de parcours. L’establishment du parti souhaitait l’élection de Bob Rae. Mais lorsque ce dernier a été devancé par Michael Ignatieff, la bande à Chrétien a envoyé un mot de passe sur le plancher du congrès pour appuyer Stéphane Dion afin d’empêcher Ignatieff de l’emporter. Dion était un plan «B», sans plus.
Depuis son arrivée à la direction de son parti, Stéphane Dion n’a fait preuve d’aucun sens stratégique, multipliant les gaffes et créant la zizanie au sein de ses troupes.
Renverser le gouvernement
Il est rare qu’un gouvernement minoritaire survive plus de 18 mois. Il est encore plus rare de constater que sa survie soit due au soutien de l’opposition officielle. Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est ce qui se passe à Ottawa.
En refusant de voter clairement contre le budget présenté la semaine dernière, les libéraux en étaient à la quatrième occasion ratée de déclencher des élections. Pourtant, à chacune des occasions, Monsieur Dion a déclaré qu’il n’était pas favorable aux mesures présentées. Mais comment expliquer que l’on est contre si on refuse de voter contre ou que l’on s’abstient. Impossible d’être à moitié enceinte après tout.
En agissant ainsi à répétition, Stéphane Dion perd toute crédibilité. La semaine dernière, il déclarait que le gouvernement Harper n’était plus digne de confiance, mais il refusait de le renverser. On fait confiance ou non et on se comporte comme tel.
La situation est devenue à ce point ridicule, que le chef du NPD a qualifié Stéphane Dion de «chef de l’abstention officielle», ce qui veut tout dire.
Qui dirige les libéraux?
Pourtant, tout au long de la semaine précédant le dépôt du budget Flaherty, les signaux envoyés par Stéphane Dion à ses troupes indiquaient clairement son intention de renverser le gouvernement.
Mais l’establishment du parti a refusé de suivre son chef et l’a même forcé à revenir sur sa décision. Les raisons avancées en sourdine tournent autour du fait que l’on a de la difficulté à recruter des candidats de valeur, que les finances du parti sont à sec et que plusieurs députés ont peur de perdre leurs sièges.
Mais, ce que l’on ne dit pas, c’est que l’on attend l’arrivée de Bob Rae qui sera probablement élu lors des élections partielles à venir dans quatre comtés le 17 mars prochain.
Avec Bob Rae et Michael Ignatieff aux Communes, la position de Stéphane Dion ne sera pas très confortable, car ces deux aspirants officiels ont déjà commencé à préparer la prochaine course à la chefferie. Monsieur Dion aura avantage à garder le dos au mur pour éviter les couteaux qui voleront bien bas.
Si un caucus divisé et des organisateurs apeurés sont parvenus à obliger le chef à retraiter, il est évident que ce chef ne dirige plus ses troupes. Stéphane Dion est un chef en sursis et à moins d’un retournement subit forçant la tenue d’un scrutin bientôt, il n’est pas certain que Stéphane Dion dirigera les troupes libérales lors d’une prochaine élection.
Le chef du NPD, Jack Layton, caresse le projet de déposer une motion de blâme à l’égard du gouvernement dans le cadre d’une journée de l’opposition qui lui revient d’ici le 14 mars.
Dans un tel cas, il serait pratiquement impossible aux libéraux de s’abstenir une fois de plus ou de soutenir les conservateurs sans risquer de perdre le peu de crédibilité qui pourrait encore leur rester.
La pensée de la semaine
Je dédie ma pensée de la semaine à ce pauvre Stéphane Dion : «Quand le violon se désaccorde, il est temps de quitter l’orchestre.» Franck Dubosc, humoriste français.