Dans ma chronique du 16 janvier dernier intitulée «Concurrence déloyale», je déplorais le fait que le rapport du groupe de travail sur les aides fiscales aux régions ressources et à la nouvelle économie n’avait toujours pas été rendu public, cela même si la ministre des finances, Madame Monique Jérôme-Forget, l’avait en main depuis décembre.
Le rapport en question a finalement été publié la semaine dernière et, élément fort encourageant pour les régions centrales comme Chaudière-Appalaches, le comité de travail reconnaît la concurrence déloyale créée par les mesures favorisant les régions ressources.
De plus, son Président, Monsieur Robert Gagné, écrit que «le congé fiscal rate sa cible, car il ne bénéficie qu’aux entreprises en bonne santé financière et son principe est critiquable, puisque non lié au respect de critères d’emploi ou d’investissement.»
Comment pourrait-on être plus clair : le programme crée une concurrence déloyale et les mesures mises en place ratent leur cible. Pour le commun des mortels, une telle conclusion signifierait la fin du programme en question. Mais, comme on le sait tous, les choses simples ne sont pas bienvenues en politique.
Les uns à la suite des autres, les trois partis politiques à Québec ont patiné, refusant de s’engager à apporter des modifications au programme. Même si le rapport Gagné suggère des pistes d’amélioration, aucun dirigeant politique n’a voulu s’engager à en faire la promotion. Pendant ce temps, les membres de la Coalition des régions pour l’entraide économique équitable (CRÉÉÉ) se réjouissaient des conclusions du rapport Gagné.
Un parti politique
Depuis déjà quelques semaines, des membres de la coalition en question ont lancé l’idée de former un nouveau parti politique pour défendre le dossier des régions centrales dans le cadre d’une prochaine campagne électorale provinciale.
Robert Dutil (aucun lien de parenté) tenait une rencontre publique à Saint-Georges mercredi dernier pour expliquer les raisons à la base de cette idée. N’ayant pu assister à la réunion qui a regroupé près de 200 personnes, j’ai eu une discussion avec Monsieur Dutil vendredi dernier.
Il m’expliquait en être venu à l’idée de lancer un nouveau parti politique parce que les trois partis en place actuellement refusaient de se prononcer sur la question et d’apporter les changements qui permettraient de faire disparaître cette concurrence déloyale à laquelle les entreprises des régions centrales du Québec sont confrontées depuis 2001.
De plus, en créant un parti politique, le financement serait beaucoup plus facile, car on sait que toute contribution d’un contribuable à un parti politique s’accompagne d’un rabais fiscal important.
Personnellement, je doute fort de la pertinence de cette stratégie. La mise en place d’un parti politique demande des efforts énormes pour monter une organisation provinciale et, par la suite, dans chacun des comtés au Québec.
L’idée unique à la base de la fondation de ce nouveau parti politique, l’Union du Centre, ne sera pas suffisante pour embrigader l’ensemble des Québécois. Il ne faut pas s’attendre à rallier bien des gens dans la région de Montréal. Les régions bénéficiant du programme des régions ressources n’embarqueront certainement pas dans ce bateau. Voilà qui laisse bien peu de comtés parmi les 125 au Québec.
De plus, en se lançant dams la lutte électorale, les promoteurs se mettent automatiquement à dos les trois partis politiques en place. Mais, comme me l’expliquait Robert Dutil : «Ils sont déjà contre nous en refusant de bouger pour régler la situation; on n’a donc rien à perdre.»
Je comprends le désespoir de Robert Dutil et des membres de la Coalition, mais j’estime que les conclusions et les recommandations du rapport Gagné devraient devenir un outil de travail permettant de faire pression sur les trois partis formant le gouvernement minoritaire à Québec pour corriger cette situation.
Même si je ne partage pas la stratégie mise de l’avant par l’Union du Centre, je me dois d’admettre que les promoteurs ne manquent pas de courage. Monsieur Dutil reconnaît que le succès est loin d’être assuré, mais il concluait ainsi : «On aura tout essayé»
Pensée de la semaine
Je dédie ma pensée de la semaine aux promoteurs de l’Union du Centre : «Il y a pire que de ne pas réussir, c’est de ne pas essayer.» Auteur inconnu.