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Mon ami Chen |
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Plusieurs personnes m’ont demandé d’utiliser cette chronique pour reproduire le témoignage que j’ai présenté à la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, laquelle Commission a siégé à Saint-Georges le 1er novembre dernier.
Par ce témoignage, j’ai voulu rendre hommage aux nombreuses familles d’immigrants qui se sont établies en Beauce tout au long de notre histoire et qui, pour la plupart, comptent encore plusieurs descendants. Ce témoignage est basé sur l’histoire de mon ami Ti-Tune Chen, le propriétaire du dépanneur l’Escale à Saint-Georges.
Témoignage
Au moment où les Québécois vivent des moments parfois troublants face aux accommodements raisonnables, permettez-moi de vous présenter l’histoire de mon ami Chen.
Mon ami Chen est arrivé au Canada il y a plus de 25 ans. Au lieu de s’établir dans le quartier chinois de Montréal, il s’est mis à la recherche d’un endroit où il espérait pouvoir démarrer un commerce lui permettant de vivre décemment et d’élever une famille.
Il a abouti à Saint-Georges-de-Beauce où il a acquis un tout petit dépanneur. À force de travail, d’une courtoisie sans pareil, d’un service à la clientèle rare dans ce genre d’établissement, Chen s’est taillé une place importante.
Son dépanneur, il l’a vite trouvé trop petit. Il a donc acquis le terrain voisin pour en construire un nouveau, plus grand. Peu à peu, il a introduit une gamme de produits chinois que des habitués viennent s’y procurer.
Son commerce n’a cessé de croître et il a même pu faire venir en Beauce plusieurs membres de sa famille pour y former ce que l’on appelle avec humour l’unique «quartier chinois» de Saint-Georges.
À mesure qu’il s’intégrait dans sa communauté, mon ami Chen s’est impliqué dans diverses activités, mais en mettant toujours de l’avant ses origines chinoises. On lui demande de participer à une parade de pontons sur la Chaudière; son ponton aura l’allure d’une pagode chinoise. On organise des fêtes pour célébrer le 150e anniversaire de notre communauté; Chen propose d’organiser un festival de bateaux-dragons et en fait un succès.
Jamais il n’a renié un aspect de sa culture. Au contraire, il n’a cessé de la promouvoir, de la faire découvrir et apprécier à ceux qu’il côtoie quotidiennement. Aujourd’hui, mon ami Chen est un citoyen actif et respecté dans sa communauté. Quant on l’interpelle en l’appelant «le Chinois», il n’est pas insulté; il en est plutôt fier.
À Noel, au jour de l’An, au Nouvel An chinois, au Yom Kipppour ou durant le ramadan, il est fidèle au poste à son dépanneur, accueillant ses clients avec sa gentillesse habituelle.
Mon ami Chen se plaît en Beauce. Il a apporté et il continue d’apporter beaucoup à notre communauté, cela sans renier ses origines et sa cluture. Bien au contraire, il a su nous les faire apprécier. Il est aujourd’hui respecté de tous.
Pourtant, mon ami Chen n’a jamais demandé d’accommodements raisonnables et il a prouvé qu’un immigrant peut s’établir, bien vivre en région et enrichir cette dernière.
Autres exemples
Je ne voudrais pas que vous croyiez que l’exemple de mon ami Chen est unique.
Je pourrais vous raconter une histoire similaire pour les Pozer, d’Allemagne, les Thabet du Liban, les Anto de l’Arménie, les Tawell et les Berberi de la Syrie, suivis plus tard par les Abatiello de l’Italie, les Pinon et les Lorent de la France, les Gabour de l’Égypte, de nombreuses familles irlandaises comme les Donovan, les Redmond et de nombreux autres en provenance d’Haiti, de l’Écosse, du Vietnam, de la Réunion, de la Roumanie, du Maroc, de l’Amérique du Sud etc.
Tout ce monde vit aujourd’hui en harmonie et il ne viendrait jamais à l’esprit d’un Beauceron pure laine de considérer ces gens, comme des citoyens de seconde classe.
Nous sommes fiers de les considérer comme des Beaucerons, même s’ils ne pourront jamais prétendre au titre de Jarrets noirs.
Pensée de la semaine
Ma pensée de la semaine est dédiée à tous ces nouveaux arrivants qui enrichissent notre communauté : «Vous pouvez arracher l’homme du pays, mais vous ne pouvez pas arracher le pays du cœur de l’homme.» John Dos Passos, écrivain américain.
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M.Dutil, vous avez visé dans le mille en parlant du très sympathique Chen. Quel homme!
Et pour qu'il ne se sente pas seul de son groupe, voici un court texte hommage à tous ces immigrants qui ont si bien intégré la vie beauceronne. Ils sont des nôtres!
Partons la mer est belle
Depuis 1737, la Beauce est le pays des Poulin, Roy, Veilleux, Lessard…Cependant, au fil des ans, l’immigration a amené une couleur différente à celle des nés-natifs beaucerons, comme on dit. Quel bon vent les amène ?
Tout un pan de notre histoire beauceronne demeure à l’ombre. Souvenance des Adams, Ainsley, Aldrich, Allen, Ally, Alton, Anglehart, Ash, McKenny, McKeow, Massam, Maguire, Cahill, Lyons, Lee, Smith, Sloane, Ryan, Kirwin, Sheridan, Doyle, Jordan, Hall, Kelly, Reed, Doherty, Burns, Meagher, Gorman, Miller, Rossberry, Carter, Cameron et Blackburn (Écosse), Brennan, Foster, Downey, McIntyre, Fitzback, Barry, Bennett, Doran, Jones (précepteur des Pozer), Comrie, etc.
Arrivé d’Irlande en 1846, William Foley (1785-1854) s’installe en Beauce avec ses deux fils Michaël(1826-1894) et Luke (1828?-1878). Contrairement à son père et à son frère, Michaël Foley sera bilingue, francise son prénom en Michel, est cultivateur, instituteur, secrétaire-trésorier et 2e maire de Saint-François-de-Beauce, douze ans à peine après son arrivée au Québec. En 1849, il épouse une francophone, Euphémie Lapierre dit Denis. Belle intégration culturelle. Michaël est le grand-père de ma grand-mère paternelle, Marie Grondin à Bernard, épouse de William Garant (installé à Saint-Georges-de-Beauce en 1912).
À 17 ans, le Libanais Michel Thabet fuit le régime ottoman, car il est chrétien orthodoxe. En 1902, il débarque à Montréal et emprunte, à pied, la route le menant à la Beauce. Son but est de rejoindre son frère aux États-Unis. De sa petite valise, il vend des scapulaires, des bibles. Il connaîtra un autre Libanais installé à Beauceville, l’hôtellier Gabriel Berberi (1871-1937). À 42 ans, il retourne au Liban se chercher épouse : Noha Cantees (1907-2007).
C’est certain que les coutumes sont bien différentes : la culture arabe, la nourriture méditerranéenne, la langue, entre autres…sans compter la famille au loin. M.Thabet (Tabet) est le père d’Edouard (Mathilda Nassif), Micheline (André Bolduc), Michel, Dr Michel, Raymond, Marie. Né en 1957, fils d’Edouard, Pierre Thabet (Thérèse Giguère) est un homme d’affaires georgien prospère.
Rappel au passage des familles Davis, Smith, Farmer, Redmond. Le Syrien Michel Anto, époux de Ida Bahdé, s’installe à Saint-Georges-de-Beauce : Louis Anto (Violette Komery) est un de leurs sept enfants. D’autres Syriens vont et viennent, les Hulbec, Zarem, Tawel. Les Libanais Setlakkue (Setlakwe). Les Arméniens Élie Jarjour, Hosney et Currye. Les Belges De Waka, Quinaux. Les Nakash, Beshro, Sirianni, Ngan, Rubenovith, Munger. L’Italie avec les Rosa, Monuccy, Zelano, Abbatiello. La Pologne et les Obezienski, Zarhaska. La Turquie et les Zaor (Raoul épouse la fille de Salomond Souaid, le Libanais). La Grèce et les Papachrisidis, Panayotopoulos (Panos), la Hollande et les Van der Hayden, le Luxembourg et les Fitzbach. Les Allemands Nappert et Nacké (Nacke, Nacke…) la France avec les Lorent, Moreau. Jacques Pinon (1912?-1969), époux de Rita Lemire, est le fils de Désiré Pinon et de Jeanne-Marie Ollivry de Genillé, en Indre et l’Oire en France. De 1966 À 1968, M. Pinon sera un maire avant-gardiste et controversé à Saint-Georges-de-Beauce.
Toutes ces familles viendront enrichir la culture beauceronne…et peut-être nos banques généalogiques!
À l'image de Chen, quand la famille garde vive la mémoire de ses origines, quelle richesse pour ses descendants et la communauté en général.
André Garant
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À propos de Pier Dutil |
Après des études collégiales au Séminaire de St-Georges et en
sciences politiques à l'Université Laval, Pier Dutil entreprend sa
carrière professionnelle dans le domaine du journalisme. De 1971 à
1977, il a été rédacteur-en-chef de divers hebdos, éditorialiste
attitré à l'émission radiophonique «Commentaires» de Radio Canada et
collaborateur à diverses émissions d'information et d'affaires
publiques à la télévision de Radio Canada.
De 1977 à 2003, Pier occupe diverses fonctions reliées aux
communications, au marketing et à la gestion au sein de plusieurs
entreprises comme le Groupe Canam Manac, le quotidien Le Soleil, les
consultants Soleil Communication et Québécor.
Pier Dutil a pris sa retraite après 22 années de service au sein du
Groupe Canam Manac. Aujourd'hui, il siège au conseil d'administration
d'entreprises manufacturières et d'organismes communautaires et
sociaux. En plus de le lire dans Le Journal de Beauce à chaque
semaine, on peut l'écouter tous les lundis matins sur les ondes de
COOL-FM où il tient une chronique traitant de politique. |
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