Dans certains milieux, on a tenté d’associer ces paiements à un important contrat d’achat d’avions Airbus par Air Canada en 1988. M. Schreiber agissait alors comme démarcheur pour Airbus et il aurait d’ailleurs reçu 20 M $ pour ce travail.
La Gendarmerie royale du Canada a enquêté à ce sujet durant plus de huit ans, sans jamais parvenir à trouver la moindre preuve pouvant associer M. Mulroney à cette transaction. L’ancien Premier Ministre du Canada de 1984 à 1993 a exigé des excuses du gouvernement canadien, dirigé alors par Jean Chrétien, et a même menacé d’entreprendre des poursuites pour laver sa réputation. L’affaire s’est terminée par des excuses officielles et le versement d’une somme de 2,1 M $ à Brian Mulroney.
Si le sujet refait surface aujourd’hui, c’est que le dénommé Schreiber, qui croupit dans une prison en Ontario, fait l’objet d’une demande d’extradition par la justice allemande qui veut le juger pour évasion fiscale et fraudes.
M. Schreiber fait des pieds et des mains pour éviter cette extradition en multipliant tous les recours judiciaires à sa disposition. Il ne lui reste plus qu’une démarche auprès de la Cour Suprême du Canada ou un refus du Ministre de la Justice pour éviter l’extradition.
Voyant venir sa fin, ce cher Schreiber en a remis dernièrement en prétendant que l’entente avec Brian Mulroney avait été prise trois jours avant que le Premier Ministre quitte ses fonctions à la tête du gouvernement canadien.
Mais il importe de préciser que le sieur Schreiber n’était pas limité dans ses contacts qu’avec les conservateurs. Un ancien ministre libéral, Marc Lalonde, a déjà souscrit 100 000 $ en guise de caution pour permettre sa libération lors de recours juridiques. Karlheinz Schreiber jouissait d’un réseau de contacts bien branché.
Certains journalistes anglophones, dont quelques-uns vouent une haine très peu subtile à l’égard de Brian Mulroney, et les députés de l’opposition à Ottawa ont sauté sur cet os comme des chiens privés de nourriture depuis des mois.
Que fallait-il de plus à deux des trois partis de l’opposition pour se saisir d’une affaire aussi nébuleuse dans le seul but d’emmerder le gouvernement minoritaire de Stephen Harper. Pour les libéraux de Stéphane Dion empêtrés dans des sables mouvants comme pour les bloquistes de Gilles Duceppe à la recherche d’un regain au Québec, la possibilité d’entraîner les conservateurs dans un scandale devenait une occasion rêvée.
Mais toute cette affaire repose sur bien peu de faits prouvés. La crédibilité de Karlheinz Schreiber peut facilement être mise en doute. Ce dernier modifie ses versions des faits au rythme de ses besoins. Brian Mulroney, pour sa part, devra expliquer pourquoi il a accepté de recevoir 300 000 $ comptant dans d’obscures chambres d’hôtels.
Pendant que des travailleurs perdent leurs emplois parce que les usines ferment à cause de la force du dollar canadien, pendant que des soldats canadiens meurent en Afghanistan, pendant que des patients partout au Canada attendent pour recevoir des soins, il me semble qu’il y aurait quelque chose de plus utile à faire au pays avec les millions que coûtera cette inutile commission d’enquête.
Pour une rare fois, je suis d’accord avec Jean Chrétien, cette affaire relève de la police. Assez, c’est assez!
Pensée de la semaine
La pensée de la semaine est dédiée à la relève qui pousse parfois un peu trop fort.
«Ce n’est pas parce que je suis un vieux pommier que je donne des vieilles pommes.» Jacques Grand’Maison, sociologue.