Le produit en question offrait un haut rendement de 6.9%. À cette époque, les obligations municipales frôlaient le 3.5% et les liquidités environ 2.25%, donc pas très alléchant comme rendement. Le produit en question était une combinaison complexe de jeux financiers avec un levier de 7 fois (7x) les actifs investis. En plus du rendement intéressant de 6.9%, le représentant précise que ce produit est garanti à 100% par le gouvernement américain car ce sont des regroupements d’hypothèques divisés et vendus en titres sur le marché que l’on appelle titrisation. La cerise sur le gâteau était bien sûr en argent canadien, car le produit était 100% converti avant d’être vendu au Canada.
Voici ce que j’ai fait. Étant très sceptique avec ce levier de 7x , je trouvais le produit assez risqué. Je suis donc allé fureter sur internet cherchant à savoir si les banques américaines, les institutions prêteuses des hypothèques, étaient solides et bien capitalisées. En d’autres mots, si ces banques avaient de bonnes réserves au cas où ça irait mal un jour. J’ai trouvé un article dans un journal de Washington écrit par un ancien très haut placé au niveau du département du trésor américain. Le résumé de l’article était que les grandes banques qui prêtaient aux petites banques qui, elles, finançaient les emprunteurs, étaient très mal capitalisées et faisaient face à un risque extrême si le marché hypothécaire subissait une baisse dans le futur. Vous connaissez la suite autant que moi sur ces hypothèques à risque aux États-Unis.
La semaine suivante quand le représentant m’a rappelé pour prendre ma commande, je lui ai gentiment répondu que son produit était, selon moi, trop à risque pour mes clients et que je passais mon tour. Je ne voulais pas embarquer ma clientèle dans ce château de cartes.
Avec une armée d’analystes, la Caisse de dépôt qui aurait dû être bien mieux renseignée et équipée que moi a fait ce que vous savez. J’étais très heureux, avec des moyens limités, d’avoir pris la bonne décision pour mes clients contrairement à ces dirigeants à qui on ne peut rien montrer sur les placements et qui ont fait des erreurs monumentales dignes de novices. Ce qui m’a offusqué est le fait d’entendre un des dirigeants déclarer en commission parlementaire que même après avoir eu deux avertissements sur les papiers commerciaux et autres produits toxiques du genre que l’on m’avait offerts, ils ont continué l’achat de ce produit pour le rendement qu’il donnait.
Mon verdict est sans équivoque: Le « non dit » est que les primes au rendement encaissées par les dirigeants ont pris le dessus sur la prudence qu’ils auraient dû avoir pour protéger les actifs des clients, c’est à dire: nous tous !
Protéger les actifs des clients est une règle fondamentale en gérance de placements. Mais nous n’avons rien à leur apprendre…
La semaine prochaine:Deux épées de damoclès qui planent sur l’économie. Bonne lecture.